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Ouganda: Yoweri Museveni, un ex-guérilléro toujours solidement accroché au pouvoir

Réélu après un scrutin qui l'a vu afficher ses penchants autoritaires, le président ougandais Yoweri Museveni s'apprête à entamer une quatrième décennie au pouvoir, mais il lui faudra maintenant convaincre son peuple qu'il a d'autres projets que celui de simplement s'accrocher au pouvoir.

Au pouvoir depuis 1986, M. Museveni a été réélu samedi avec 60,75% des voix pour un cinquième mandat de cinq ans, au terme d'une semaine marquée par la répression qui s'est abattue sur l'opposition et les soupçons pesant sur la régularité de l'élection.

Plus jeune, l'ancien guérilléro, né en 1944, dénonçait ces dirigeants africains qui "veulent rester trop longtemps au pouvoir". Mais il passe à son tour aujourd'hui pour un dirigeant incapable de lâcher les rênes du pouvoir.

Ancien marxiste, il avait été placé dans les années 1990 par Washington au sein de la "nouvelle génération de dirigeants africains" censée remplacer les inamovibles potentats post-indépendances.

Vingt ans plus tard, il est en cinquième position des présidents en poste depuis le plus longtemps sur le continent, derrière Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale), Jose Eduardo Dos Santos (Angola), Robert Mugabe (Zimbabwe) et Paul Biya (Cameroun).

Personnage charismatique, n'hésitant pas à faire de l'humour en public, reconnaissable à son éternel chapeau rond à large bords, il s'est attiré la bienveillance de la communauté internationale en mettant en place une armée disciplinée, luttant contre la pandémie du VIH-sida et développant l'économie de son pays.

Revers de la médaille, l'Ouganda de Museveni est également frappé par une corruption endémique, une absence dans les faits de séparation des pouvoirs au profit de la présidence et des violations récurrentes des droits de l'Homme.

- Acteur régional incontournable -

Mais le chef de l'Etat semble n'avoir que faire des critiques de la communauté internationale, qu'il se plaît régulièrement à brocarder, d'autant qu'il s'est imposé au fil des ans comme un acteur régional incontournable.

Le contingent ougandais forme depuis 2007 la colonne vertébrale de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), qui lutte contre les insurgés shebab, affiliés à Al-Qaïda.

Plus récemment, les troupes ougandaises ont joué un rôle-clé au Soudan du Sud, en guerre civile depuis plus de deux ans. Leur intervention fin 2013 a contribué à conforter le gouvernement du président Salva Kiir face aux rebelles.

Fils d'éleveurs de bétail issu de la tribu Ankole (ouest) et diplômé en sciences politiques et en économie à Dar es-Salaam (Tanzanie), Museveni a une carrière bien remplie de guérillero et d'homme politique.

Ancien combattant de la guérilla mozambicaine, il travaille brièvement aux services d'espionnage sous la première présidence ougandaise de Milton Obote (1966-1971).

Mais après le coup d'Etat du commandant de l'armée Idi Amin Dada, en 1971, il fuit en Tanzanie et participe à la création du Front pour le salut national (Fronasa), qui, allié à l'armée tanzanienne, reprend le pouvoir en 1979, mettant fin à huit années de terreur.

Museveni occupe les portefeuilles de la Défense et de la Coopération avant les élections de 1980, truquées selon lui et remportées par Milton Obote.

- La jeunesse a perdu foi en lui -

Début 1981, il créé l'Armée de résistance nationale (NRA), composée au départ de 27 hommes, et lance des raids victorieux sur des casernes militaires dans l'ouest du pays.

Après cinq ans de lutte contre le régime despotique d'Obote, la NRA prend Kampala. Museveni, investi président le 29 janvier 1986, entame son long règne.

Museveni interdit le multipartisme, estimant que les formations politiques sont à l'origine des violences qui ont ensanglanté l'Ouganda depuis son indépendance en 1962.

En 2005, tout en réintroduisant le multipartisme à la faveur d'un référendum, il modifie la Constitution pour abroger la limitation du nombre de mandats présidentiels, ce que bon nombre d'anciens alliés ne lui pardonneront pas.

Entretemps, il a défait des rébellions ou conclu des accords avec pas moins de quatorze mouvements rebelles et s'est finalement débarrassé de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui a fui le nord du pays il y a une dizaine d'années vers les pays voisins.

"Si je perds l'élection, je quitterai le pouvoir. J'ai du travail qui m'attend à la maison, des vaches à garder", disait-il avant ce scrutin présidentiel.

Il a finalement conservé le pouvoir, grâce surtout au soutien de la campagne ougandaise. Mais il aura du mal à se réconcilier les villes, en particulier Kampala, où la jeunesse, victime d'un chômage de masse, a depuis longtemps perdu foi en lui.

AFP

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