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Grève générale en RDC: Kinshasa, amollie, tourne au ralenti

La vie tournait au ralenti mardi matin à Kinshasa, où une coalition d'opposition a appelé à une grève générale d'"avertissement" au président congolais Joseph Kabila, qu'elle accuse de man½uvrer pour se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Vers 09H00 (08H00 GMT), il était impossible de capter par voie hertzienne la radio française RFI, très populaire en République démocratique du Congo. La fréquence locale et celle de Brazzaville, en face, sur l'autre rive du fleuve Congo étaient brouillées.

Sur les grands axes de la ville, la circulation était extrêmement fluide et la mégapole de dix millions d'habitants, habituellement grouillante, semblait comme amollie, selon des journalistes de l'AFP et des témoins.

Après plusieurs heures de paralysie des transports, la vie reprenait timidement et les "esprits de mort" (taxis collectifs), taxis et taxis-motos commençaient à reprendre du service, mais biens moins nombreux que  d'habitude, et nombre d'habitants n'ont pu se rendre à leur travail.

Les bus Transco (transports publics) circulaient pratiquement à vide et les magasins restaient largement fermés.

La marée quotidienne d'écoliers et collégiens en uniformes bleu et blanc avait également déserté les rues.

"On savait qu'il n'y aurait pas cours, mais je suis venue quand même constater par moi-même", explique Prisca, collégienne plantée avec une demi-douzaine de camarades devant son école fermée dans le sud de la capitale

Sans forcément adhérer au mot d'ordre de grève, bien des parents ont fait le choix de ne pas mettre leurs enfants en classe par craintes d'incidents et les écoles étaient largement fermées.

En janvier 2015, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées à Kinshasa dans des émeutes et leur répression. Les événements étaient partis d'un mouvement de contestation lancé par l'opposition mais ayant rapidement échappé au contrôle de ses instigateurs.

- 'Qu'ils se mettent d'accord' -

L'épisode est encore bien ancrée dans les mémoires d'une population habituée aux violences à caractère politique.

"Que ces politiciens se mettent d'accord", déclare à l'AFP Henri-Paul, fonctionnaire, "lorsqu'ils se disputent, c'est nous le petit peuple qui en payons le prix".

"Il y a eu plus de peur que de mal ce matin. Comme il n'y a pas de casse, la vie reprend timidement. Je vais au travail pour éviter d'être sanctionné", dit-il en espérant attraper un bus à un arrêt, où une dizaine de personnes attendent depuis deux heures, commençant à transpirer sous un soleil déjà généreux.

Mardochée Nsele, est "wewa" (taxi-moto). "J'observe le mouvement de grève. Peut-être que ça va changer quelque chose dans le pays. Il faut que ça change, une meilleure gouvernance ne sortira que s'il y a démocratie", dit cet homme de trente ans affirmant être licencié en droit et n'avoir d'autre gagne-pain que sa moto.

Hormis quelques pneus brûlés ça et là tôt dans la matinée par des groupes de jeunes rapidement dispersés par des policiers, la situation semblait plutôt calme.

Alors que les boutiques restaient fermées, quelques pharmacies ouvraient vers 09h00 sur la place Commerciale de Limete, dans l'est de la capitale. On expliquait avoir attendu de s'assurer que la situation était calme pour travailler.

La police avait promis un déploiement massif pour empêcher que les grévistes n'entravent la liberté de mouvement des gens souhaitant se rendre à leur travail, mais la présence des agents était peu visible dans la ville hormis aux alentours du Parlement.

Le 16 février marque l'anniversaire de la répression meurtrière de la "marche des chrétiens" de 1992 partie des églises catholiques de Kinshasa après la messe dominicale pour tenter d'arracher la démocratie au dictateur Mobutu Sese Seko.

Estimant la démocratie "menacée", une coalition d'opposants a appelé à commémorer cet événement par une grève générale dans tout le pays afin d'adresser un "avertissement" au chef de l'État, qu'ils accusent de vouloir violer la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Cet "appel au peuple" a été lancé par les représentants de la Dynamique de l'opposition, regroupement de dizaines de partis et d'organisations de la société civile autour de deux des principales formations de l'opposition au Parlement, et du Groupe des 7 (G7), coalition de partis ayant quitté la majorité en septembre.

Lundi, un communiqué de l'UDPS, la formation historique d'opposition, a dit soutenir ce mouvement.

L'opposition dans son ensemble accuse M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, et dont le mandat s'achève en décembre, de chercher à tout faire pour contourner l'interdiction constitutionnelle qui lui est faite de se représenter, afin de se maintenir en place.

AFP

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