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Nigeria: le dirigeant indépendantiste biafrais Nnamdi Kanu se dit "prisonnier d'opinion"

Le militant indépendantiste biafrais Nnamdi Kanu, dont l'arrestation a provoqué une vague de protestations dans le sud-est du Nigeria, affirme à l'AFP être "un prisonnier d'opinion" et continuer à rêver depuis sa prison d'un Biafra indépendant.

M. Kanu est à la tête du groupe interdit Peuple indigène du Biafra (Ipob), qui réclame l'indépendance du Biafra, région déshéritée du sud-est du Nigeria où l'ethnie igbo est majoritaire. Il est notamment accusé d'avoir "l'intention de faire la guerre contre le Nigeria".

Il est notamment accusé d'être à la tête d'un groupe armé et d'enrôler des jeunes hommes comme "soldats biafrais".

Patron de "Radio Biafra", qui émet depuis Londres, il a plaidé non coupable des accusations de trahison pour lesquelles il encourt une peine de prison à vie.

Il est détenu depuis son arrestation par les services secrets nigérians en octobre, alors qu'il rentrait de Londres, malgré une ordonnance de libération sous caution.

Sa détention prolongée a provoqué des protestations dans le sud-est où des affrontements ont eu lieu entre ses partisans et les forces de l'ordre.

- "Citoyens de troisième zone" -

"Le Biafra va perdurer", a déclaré M. Kanu, interrogé par l'AFP via son frère, Prince Emmanuel Kanu, qui lui a rendu visite la semaine dernière à la prison de Kuje, en périphérie d'Abuja. 

"Ils vont nous tuer, mais au final, le Biafra va exister", a poursuivi le militant de 48 ans. 

"Je suis un prisonnier d'opinion et le meurtre de manifestants indépendantistes non armés constitue un crime contre l'humanité", a-t-il estimé.

En 1967, la déclaration unilatérale d'indépendance de la République du Biafra a été le point de départ d'une guerre de près de trois ans qui a fait environ un million de morts, dont une grande partie de famine, à cause d'un sévère blocus.

Après la guerre, les revendications d'un Etat indépendant pour les Igbos, le troisième groupe ethnique du Nigeria, se sont atténuées. Mais depuis son arrestation, M. Kanu a bénéficié d'un soutien de plus en plus important parmi les jeunes de cette région, qui n'ont pas connu les traumatismes de la guerre et aspirent à de meilleures conditions d vie.

Le manque d'infrastructures et le fort taux de chômage y ont créé des rancoeurs envers le gouvernement fédéral.

"On s'est fait avoir dans tellement de domaines", a estimé M. Kanu. Selon lui, les Igbos sont considérés comme "des citoyens de troisième zone" au Nigeria et cette ethnie continue à "être punie" pour la guerre civile.

M. Kanu était presque inconnu avant son arrestation. Mais le président Muhammadu Buhari, confronté aux violences du groupe islamiste Boko Haram dans le nord-est, et inquiété par de nouvelles tensions dans la région pétrolière du delta du Niger, au sud, considère que le militant représente un danger pour la fragile unité du Nigeria. 

Il a déclaré en décembre que M. Kanu avait commis "des atrocités" contre le Nigeria et qu'il était coupable de trahison. "J'espère que le tribunal sera attentif à cette affaire", avait-il insisté.

- Répression policière -

M. Kanu s'est présenté mardi dernier dans un tribunal d'Abuja, menotté et entouré d'agents pénitentiaires.

Son avocat, Chuks Moma, a tenté de contrer une demande du parquet pour un huis clos partiel. "Quand les gens n'ont pas accès au tribunal, je me demande si les accusés sont condamnés avant même d'avoir été entendus" a dénoncé Me Moma, qui a dit craindre un "procès secret".

Le procès a été ajourné au 19 février.

Présente au tribunal, Tonia Kanu, sa demi-soeur, a dit avoir reçu des information selon lesquelles des manifestants pro-Kanu avaient été tués mardi à Aba (sud-est). La police a confirmé le lendemain la mort de deux manifestants et l'arrestation de 21 membres de l'Ipob dans cette ville.

"Des gens sont tués tous les jours parce qu'ils manifestent de façon pacifique", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Surfant sur sa page Facebook depuis son smartphone, Mme Kanu a pointé des photos macabres de militants morts et d'un cercueil recouvert du drapeau du Biafra --un soleil levant sur fond rouge, noir et vert.

"Cette violence a pour but de faire peur aux gens, a-t-elle poursuivi. Mais plus on les tue, plus ils se multiplient".

AFP

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AFP

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