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Afrique du Sud: chahuté au Parlement, Zuma reconnaît que le pays est en crise

Le président sud-africain Jacob Zuma a reconnu jeudi la gravité de la situation économique de son pays, lors de son discours annuel au Parlement perturbé par les députés de l'opposition radicale qui ont quitté l'hémicycle en chantant des slogans hostiles au chef de l'Etat.

"Nous allons traverser une période difficile pendant un moment", a déclaré un président affaibli politiquement, en accusant la crise financière de 2008 et le ralentissement de la croissance mondiale. "Notre pays court le risque de voir sa note souveraine dégradée par les agences de notation", a-t-il reconnu. 

Auparavant, les députés du parti de gauche radicale EFF (Combattants de la liberté économique) avaient empêché pendant une heure le président de prononcer son discours sur l'état de la nation en multipliant les rappels au règlement.

"Zuma ne mérite le respect de personne, il nous a volés, il a corrompu l'économie de l'Afrique du Sud, il a transformé ce pays en blague", a martelé Julius Malema, dirigeant de l'EFF, ignorant les injonctions de la présidente de la chambre, Baleka Mbete.

Les parlementaires EFF, vêtus de leurs traditionnelles combinaisons rouges, sont finalement partis en cognant leurs casques d'ouvriers sur les bancs de l'assemblée et en scandant "Zupta doit tomber", jeu de mot en référence aux liens étroits entre le chef de l'Etat et les Gupta, de richissimes hommes d'affaires d'origine indienne soupçonnés d'avoir une influence directe sur le pouvoir sud-africain.

L'année dernière, les mêmes députés avaient été expulsés par la sécurité après avoir déjà perturbé la session.

Dans l'après-midi, la police sud-africaine a dispersé à coups de grenades assourdissantes des manifestants réunis au Cap (sud), à proximité du Parlement. Des échauffourées ont éclaté environ deux heures avant l'intervention du président entre quelques centaines de partisans de l'EFF et la police.

Une accusation d'abus de biens sociaux - le scandale Nkandla, du nom de la résidence privée du chef de l'Etat - et les répercussions économiques catastrophiques du limogeage de deux ministres des Finances en décembre alimentent depuis des semaines une campagne "Zuma doit tomber" (#ZumaMustFall).

Le président n'a évoqué aucune des deux affaires dans son discours. 

-Le "démon du racisme"-

Le mécontentement politique et populaire, qui se transforme régulièrement en polémiques raciales, est aggravé par la crise économique que traverse la première économie industrialisée d'Afrique, avec un taux de chômage très élevé (plus de 25%) et des inégalités criantes.

"Notre démocratie est fonctionnelle, solide et stable", a cependant assuré le président au début de son discours. "Mais notre voyage vers une société non raciale n'est pas terminé. La nation a été secouée le mois dernier quand le racisme a montré son affreux visage sur les réseaux sociaux", a-t-il dit, soulignant qu'il fallait "faire face au démon du racisme."

En janvier une membre blanche du parti d'opposition libéral Alliance démocratique (DA) s'est plainte sur Facebook des Noirs qui jettent des déchets sur les plages, les comparant à des "singes". Une employée du gouvernement avait répliqué sur les réseaux sociaux que les Noirs devaient se comporter avec les Blancs "comme Hitler avec les Juifs".

Jacob Zuma a annoncé une loi pour interdire aux étrangers de posséder des terres agricoles. "Nous devons verrouiller la propriété terrienne, et interdire aux citoyens étrangers de posséder des terres" agricoles, a-t-il dit, précisant que les étrangers seraient "éligibles pour des baux à long terme".

Le débat sur la réforme agraire est l'un des points essentiels du débat sur la compensation des inégalités créés par l'apartheid, qui avait interdit aux Noirs de posséder des terres. L'EFF réclame l'expropriation sans compensation des grands propriétaires terriens blancs pour redistribuer la terre aux fermiers noirs.

Ce discours sur l'état de la nation, un moment fort de la vie politique sud-africaine, intervient deux jours après une audience de la Cour constitutionnelle, saisie par l'opposition, dans l'affaire Nkandla.

L'EFF et la DA ont exigé que Jacob Zuma rembourse une partie des frais de rénovation de sa résidence privée (20 millions d'euros de l'époque), payés par les contribuables.

Plusieurs commentateurs politiques estiment que l'Afrique du Sud entre dans son année la plus difficile depuis la fin de l'apartheid en 1994 et l'arrivée au pouvoir de l'ANC de Nelson Mandela.

AFP

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