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Une ferme de fleurs du lac Naivasha, en 2010. Crédit photo:  Crédit TONY KARUMBA / AFP
Une ferme de fleurs du lac Naivasha, en 2010. Crédit photo: Crédit TONY KARUMBA / AFP

Les fleurs que vous achetez à la Saint-Valentin assèchent un lac au Kenya

La majorité des roses importées en Europe sont cultivées sur les bords du lac Naivasha.

Offrir des roses à la Saint-Valentin est peut-être une pratique has been. L'image d'un romantisme d'un autre siècle. Mais c'est un rituel qui fonctionne toujours. Dans le monde entier, c'est jour de fortune pour les fleuristes. Et si vous êtes un adepte de la rose pour déclarer votre amour, il y a de bonnes chances pour que les fleurs que vous tenez entre vos mains viennent du Kenya. Et plus précisément des bords du lac Naivasha. 

«Les Pays-bas dominent toujours l'industrie de l'horticulture, mais le Kenya s'est accaparé progressivement une importante part de marché. Il a multiplié par 12 ses exportations de fleurs coupées entre 1988 et 2014 pour atteindre un total de 137.000 tonnes, alors que les acheteurs ont été convaincus par les prix plus bas et par des fleurs étonnement plus colorées que celles cultivées en Hollande», rapporte l'hebdomadaire The Economist

Aujourd'hui, 30% des fleurs importées dans l'Union européenne viennent du Kenya, et la plupart sont des roses. Dans la supérette au coin de ma rue, dans le XVIIIe arrondissement à Paris, une affiche indique «roses du Kenya» depuis quelques jours. «C'est tout simplement les meilleurs prix», constate le patron. Clin d'oeil de la mondialisation, les fleurs importées depuis le Kenya transitent souvent par l'aéroport d'Amsterdam. En à peine plus de 48 heures, les roses coupées à Naivasha arrivent dans les arrière-boutiques des revendeurs européens.

Des pompages non autorisés

Mais ce business, qui profite à l'économie kényane, a de graves conséquences sur l'environnement. Lors d'un voyage au Kenya il y a quelques années, je m'étais rendu sur les rives du lac Naivasha pour constater le phénomène. Tout autour de ce réservoir naturel, des dizaines d'exploitations pompent directement l'eau pour irriguer les millions de fleurs qui poussent sous serre. Conséquence, le niveau du lac a déjà considérablement baissé. De très nombreux rapports font état du fort impact écologique des fermes de fleurs sur la faune et la flore environnante.

«Le niveau de l'eau du lac a baissé considérablement lors des 10-15 dernières années à cause de pompages d'eau non autorisés pour un usage industriel. Il y a également un problème croissant de pollution», indiquait la WWF dans une étude en 2011.

Sur place, un ouvrier agricole d'une ferme voisine m'avait montré sur les rives du lac le niveau qu'atteignait l'eau quelques années plus tôt. Le recul du lac avait laissé place à de longs tuyaux qui se faufilaient sur plusieurs dizaines de mètres dans la vase pour aller pomper l'eau toujours plus loin.

Une ferme de fleurs à Naivasha. Crédit photo: TONY KARUMBA / AFP

À côté des exploitations qui appartiennent souvent à des descendants d'Européens, des villages d'ouvriers, dont les entrées sont étroitement surveillées, s'élèvent dans la poussière.

«Les conditions de travail sont très dures dans les serres, et on vit dans un espace clos entre le travail et la maison. On dépense notre argent dans le magasin de l'entreprise», m'avait confié un père de famille, employé pour Karuturi, géant indien du secteur.

La température est basse, autour de 5 degrés, dans les chambres froides où sont entreposées et emballées les roses. Et il faut travailler vite pour faire face au flot de commandes. À l'approche de la Saint-Valentin, la production augmente de 15% dans les fermes, note The Economist.

Des salaires très bas

Cependant, depuis quelques années des progrès ont été effectués notamment pour les conditions de travail des employés. «Après une série de scandales, la plupart des fermes ont amélioré leurs standards de sécurité et leurs conditions de travail, tout en prenant en charge les soins médicaux des travailleurs», ajoute The Economist. Les salaires très bas ne découragent pas des dizaines de Kényans de venir chaque jour faire la queue dès l'aube devant les fermes pour se faire embaucher.

En langue Maasai, «Naivasha» signifie «eau agitée». Un nom qui doit son origine aux vents violents qui soulèvent souvent les flots. Mais aujourd'hui ce sont les fermes à fleurs qui font des remous dans les eaux de Naivasha.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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