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Centrafrique: l'école malgré tout, pour les enfants déplacés

"Jean a 12 ans, il a été enlevé par les malfaiteurs pour devenir enfant-soldat": Jean pourrait être n'importe lequel des enfants du camp de déplacés de Mpoko, dans Bangui. Mais il s'agit d'un garçon fictif du cours de grammaire de Madame Lydie, enseignante improvisée d'une école temporaire.

A quelques jours du second tour de la présidentielle, censée sortir la très pauvre Centrafrique de trois ans de violences intercommunautaires, plus de 20.000 personnes survivent toujours dans ce vaste camp miséreux qui jouxte l'aéroport, assistées par des agences onusiennes et humanitaires.

Assis par terre dans un terrain vague, abrités sous des bâches blanches, les élèves, une centaine par classe, récitent leurs leçons. Mathématiques, écriture, grammaire, aucune matière n'est délaissée.

"Nous voulons que ces enfants, même s'ils sont sur un site de déplacés, sachent lire, écrire et compter", explique Chancelin Willy-Bono, habitant du camp et directeur de l'Espace Temporaire d'Apprentissage et de Protection de l'Enfance (ETAPE) de Mpoko, mis en place par l'Unicef. "L'école permet d'inscrire une continuité dans leur parcours scolaire, mais aussi dans leur vie: s'ils sortent du site, ils peuvent regagner une école classique".

Ce fut le cas de 73% des élèves de CM2 qui ont réussi l'examen d'entrée en sixième l'an passé, devenant la première "promotion" de Mpoko. A présent, ils suivent les cours dans des collèges classiques de Bangui. Des taux supérieurs à la plupart des écoles du pays, particulièrement en province, où la violence, le manque de moyens et l'absence d'enseignants qualifiés plombent le niveau.

Un jeune garçon s'approche: Jean-de-Dieu, 13 ans, qui habite non loin dans une petite tente, veut s'inscrire à l'école. "L'envie d'apprendre est telle que, souvent, ce sont les enfants eux-mêmes qui se sont présentés aux inscriptions", affirme M. Willy-Bono. Cette année, plus de 5.500 élèves suivent les cours à Mpoko. Au total, plus de 21.000 enfants sont scolarisés dans 158 ETAPEs à travers le pays.

Madame Lydie, vêtue de la blouse blanche immaculée des enseignants, habite le camp depuis l'incendie de sa maison, il y a deux ans, par un groupe armé. Comme les autres instituteurs, qui enseignaient avant que le conflit n'éclate en 2013, elle a bénéficié d'une formation de six jours avec l'Unicef qui fournit aussi cahiers, tableaux, ardoise, grâce au soutien de l'Union européenne. 

"Avec mon salaire, je peux vivre un peu mieux, acheter des produits de base", explique cette mère de deux enfants, dont l'un est à l'hôpital.

- Doublement traumatisés-

Ces enfants sont doublement traumatisés: par les violences dont ils ont souvent été les témoins, et par le départ forcé et précipité de leur maison familiale. 

L'histoire de Jean l'enfant-soldat permet de mettre des mots sur le vécu de chacun. "C'est à nous de les aider à retrouver la paix intérieure et un sens moral", souligne Lydie.

L'école sert aussi à prévenir le dés½uvrement et le recrutement par des groupes armés. A Mpoko, ce sont surtout des miliciens anti-balaka, mêlés aux déplacés, qui font la loi, à force de trafics et abus en tous genres.

"Les ETAPEs permettent aux enfants d'évoluer dans des lieux protégés des mauvaises fréquentations, où ils ne sont pas oisifs", explique Donaig Le Du, directrice de la communication pour Unicef Centrafrique. De 6.000 à 10.000 enfants ont été recrutés par les groupes armés: en tant que combattants mais aussi messagers, espions, cuisiniers...

Le cours touche à sa fin. Déjà, trois garçons se sont glissés dans la cour pour jouer avec des armes factices. Pourtant, la maîtresse a bien écrit au tableau noir: "Retenons: La guerre n'est pas bien pour un pays. C'est mieux de vivre en paix".

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