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Egypte: les espoirs déçus de la jeunesse, moteur de la révolte de 2011

Ce 11 février 2011 au Caire, les manifestants rassemblés sur l'emblématique place Tahrir et près du palais présidentiel attendent fiévreusement la démission du raïs égyptien, au pouvoir depuis 30 ans.

La veille déjà, le président Hosni Moubarak devait annoncer son départ mais choisissait la défiance, assurant qu'il resterait à la tête du pays jusqu'en septembre.

Mais après 18 jours de manifestations monstres paralysant le pays, les militaires en décident autrement. Et juste avant le coucher du soleil, l'euphorie s'empare des rues du Caire: Moubarak démissionne, et l'armée prend les rênes du pouvoir.

"J'étais extatique", se souvient Mona Seif, célèbre militante des droits de l'Homme qui se trouvait place Tahrir. "On savait que la route serait longue, mais on avait passé le plus dur", ajoute-t-elle.

Cinq ans plus tard, il y a plus de militants derrière les barreaux qu'il n'y en a jamais eu sous Moubarak. Car depuis que l'armée a destitué en 2013 l'islamiste Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu du pays, le pouvoir réprime implacablement toute opposition.

L'histoire de la famille de Mona Seif est là pour en témoigner: le frère de la jeune femme, le militant de gauche Alaa Abdel Fattah, est toujours en prison, tandis que leur plus jeune soeur, Sanaa, a récemment été libérée à la suite d'une grâce présidentielle. 

- "Trop déprimant" -

Tous deux ont été condamnés pour des manifestations non-autorisées. Leur père, Ahmed Seif, est décédé en 2014 alors qu'ils étaient en prison. Eminent avocat des droits de l'Homme, il aura passé ses derniers mois à s'escrimer à obtenir leur libération, ainsi que celle d'autres militants.

Alaa et Sanaa seront autorisés à assister à ses funérailles, dans leur tenue blanche de prisonnier.

Elu président en 2014, Abdel Fattah al-Sissi, l'ex-chef de l'armée architecte de la destitution de M. Morsi, est accusé d'avoir instauré un régime encore plus autoritaire que celui de M. Moubarak, orchestrant la répression la plus sanglante de l'histoire moderne de l'Egypte.

Des centaines de manifestants islamistes ont été tué, tandis qu'une loi controversée a été adoptée pour interdire les manifestations sans autorisation.

Le mouvement de M. Morsi, les Frères musulmans, a été interdit. Et même si la confrérie nie avoir recours à la violence, ses partisans sont régulièrement taxés d'être liés au mouvement jihadiste Etat islamique, qui mène une insurrection dans la péninsule du Sinaï.

Et même si les militants de gauche se sont mobilisés lors des manifestations monstres qui ont poussé l'armée à destituer M. Morsi, ils ont rapidement été pris pour cible après son éviction.

Dans ce contexte, évoquer la question des droits de l'Homme c'était risquer de se faire taxer de traître par les médias largement acquis aux autorités.

Les militants de la jeunesse laïque et de gauche ont aujourd'hui du mal à évoquer ce 11 février 2011.

"Non, laissez-moi tranquille, c'est trop déprimant", lâche un militant interrogé par l'AFP.

- Occasion ratée -

Pour eux, cette date ne marque pas seulement la chute d'un dictateur: c'était aussi un combat pour la justice sociale et la dignité, dans un pays habitué aux humiliations et aux exactions des responsables corrompus et de la police toute-puissante.

"Sous Moubarak, on n'avait pas beaucoup d'espoir. Mais, en même temps, on n'avait pas vécu un moment porteur de tant d'espoirs (...) suivi d'une telle déconvenue", confie Mona Seif.

Timothy Kaldas, expert du Tahrir institute for Middle East Policy, abonde dans le même sens.

"Ce n'est pas seulement que la situation est mauvaise aujourd'hui, mais c'est surtout le fait (...) qu'on avait créé une ouverture, on avait forcé l'espace politique à s'ouvrir", indique l'expert. "C'est pour ça que c'est si difficile à accepter".

Heba Morayef, militante des droits de l'Homme de renom qui s'était rendue place Tahrir pour célébrer la chute de Moubarak, se souvient elle aussi d'un moment de "pure joie".

Mais "très vite, les militants des droits de l'Homme se sont retrouvés à faire le même boulot", déplore-t-elle, en faisant allusion à la répression de l'opposition durant la période de transition en 2011 et sous Morsi pendant sa mandature d'un an.

AFP

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