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Au Nigeria, les déplacés de Boko Haram ont peur de rentrer chez eux

Parmi les histoires tragiques des 2,6 millions de personnes qui ont fui les violences islamistes de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, celle de Bitrus Yakubu finit bien: il a pu retrouver sa femme au bout de quelques semaines.

Bitrus et son épouse, Maryam, vivent avec leurs jumelles de sept mois, Grace et Sidi, sous une tente, dans un des nombreux camps de déplacés que compte Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno.

Mais ce cultivateur de 45 ans n'est pas prêt à retourner chez lui à Baga, sur les rives du lac Tchad, plus au nord.

"Pourquoi me jeter dans la gueule du loup?, demande-t-il. C'est seulement une fois que (Baga) sera sécurisée, et que tout sera rentré dans l'ordre, qu'on pourra y retourner".

Dans le camp, où les chaudes journées s'étirent à discuter à l'ombre des arbres, ou serrés sous les tentes communes, chacun est conscient du chaos qu'il risque de retrouver dans son village.

Martina Sumaila vient de Monguno, à 60 kilomètres de Baga. Ramatu John, elle, vient de Goshe, plus à l'est. Toutes deux ont pu rentrer chez elles l'année dernière.

Mais elles sont vite revenues à Maiduguri, laissant derrière elles des paysages désolés, des maisons brûlées et pillées. Le bétail a été volé, l'eau courante a été souillée, les stocks de nourriture n'existent plus.

"Il y a des soldats sur les routes et dans les villes, mais pas dans les villages autour, où se trouvent les assaillants. Et ils reviennent faire des incursions", raconte Martina, 48 ans et huit enfants. 

- 'Boko Haram est partout' -

Le président nigérian Muhammadu Buhari, élu l'année dernière, a déclaré en décembre que Boko Haram, dont l'insurrection a fait plus de 17.000 morts ces sept dernières années, était "vaincu techniquement". Une façon d'honorer sa promesse de campagne de mettre fin à l'insurrection islamiste d'ici la fin 2015.

On se concentre désormais sur le sort des plus de deux millions de déplacés.

"La vie s'améliore (...)Tous les territoires occupés ont été récupérés. Le Nigeria est en train de gagner la guerre contre Boko Haram", clament des publicités sur la télévision publique nigériane. 

A Maiduguri, grâce à une très forte présence militaire aux postes de contrôle et dans les rues, le calme semble être plus ou moins revenu et les habitants ont retrouvé un peu d'espoir en l'avenir. 

Mais l'attaque qui a fait au moins 85 morts près d'un camps de déplacés à Dalori, à 10 km de la ville, le 31 janvier, montre que Boko Haram est toujours présent.

Ramatu John a 49 ans et cinq enfants. Elle est retournée à Goshe en juillet dernier, avec un convoi militaire. Elle est revenue à Maiduguri trois mois plus tard et ne veut plus entendre parler de son village pour l'instant.

"Boko Haram est dans mon village, dit-elle. Si on y retourne et que Boko Haram est partout dans le village, comme fait-on pour rentrer?"

- Des vies en suspens -

L'Etat de Borno veut ramener 50.000 personnes chez elles en février mais, pour les agences humanitaires présentes à Maiduguri, cela n'est pas raisonnable. L'un des travailleurs sur place parle même de "mission suicide".

Mohammed Kanar, le coordinateur de l'Agence nationale de gestion des urgences (NEMA) pour le nord-est, estime lui-même que l'ensemble du territoire n'est pas encore sécurisé et que les déplacés ne peuvent être ramenés que dans les endroits "où il y a une présence militaire".

Il y a aussi le problème de la reconstruction de ces villes et villages, dans une région déjà très sous-développée, alors que les caisse de l'Etat fédéral sont vides à cause de la chute des cours mondiaux du pétrole.

Pour Theophilus Danjuma, à la tête d'un comité présidentiel sur le repeuplement et la reconstruction, cela coûtera à court terme un milliard de dollars.

Alors pour l'instant, les dizaines de milliers de déplacés continuent à vivre des vies en suspens à Maiduguri.

Naomi Danjuma, trentenaire et mère de cinq enfants, a perdu son père, son grand frère, ses oncles et un cousin à Baga. 

Elle veut bien y retourner, mais seulement s'il y a de la nourriture, de l'aide pour reconstruire sa maison, des écoles et des hôpitaux pour ses enfants.

"Il faut qu'ils nous donnent (...) de quoi nous inciter à reconstruire nos vies", dit-elle.

AFP

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