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Les dirigeants des fédérations africains de football réunis le 5 février à Kigali. Crédit photo: CYRIL NDEGEYA / AFP
Les dirigeants des fédérations africains de football réunis le 5 février à Kigali. Crédit photo: CYRIL NDEGEYA / AFP

Pourquoi l'Afrique ne soutient pas le seul candidat africain à la présidence de la Fifa

C'est évidemment une histoire d'alliance politique.

Pour la première fois, un Africain est à la tête de la Fédération international de football (Fifa). Certes, c'est temporaire: le Camerounais Issa Hayatou qui a remplacé Sepp Blatter suspendu de ses fonctions assure la transition jusqu'au 26 février. Certes, Hayatou n'est pas un modèle de déontologie, alors qu'il fait face à plusieurs affaires de corruption. Mais c'est historique.

Et pour succéder à la tête de la Fifa à celui qui est aussi le président de la Confédération africaine de football (CAF), on aurait pu avoir le droit à un second homme du continent: le Sud-africain Tokyo Sexwale qui s'était déclaré candidat au scrutin du 26 février. Mais bizarrement, les 54 fédérations africaines ne l'ont pas soutenu.

À lire aussi: L'homme qui remplace Blatter à la tête de la Fifa est tout aussi suspect

La CAF a ainsi apporté publiquement son soutien au candidat de la fédération asiatique, Cheikh Salman, membre de la famille royale du Bahrein, à l'issue d'un comité exécutif le 5 février, comme le rapporte la BBC. «Cheikh Salman devrait donc maintenant obtenir le vote des 54 fédérations africains», note la BBC. Les consignes de vote sont en effet généralement très suivies par les fédérations du continent. Une décision qui met donc fin aux ambitions de Tokyo Sexwale.

Mais comment en est-on arrivé là?

Cheick Salman Le candidat du Bahrein à la présidence de la Fifa, le 31 janvier à Doha. Crédit photo: KARIM JAAFAR / AFP

Des intérêts communs

Ce rapprochement entre l'Afrique et l'Asie, qui à eux deux pèsent tout juste 100 voix sur un total de 209 votes (un par fédération), ne permet tout de même pas à un candidat d'atteindre sans soutien extérieur les deux tiers des suffrages nécessaires à l'accession à la présidence. Mais avec l'appui des deux plus grosses confédérations, les chances d'empocher la mise sont grandes. En marchant main dans la main, les confédérations asiatiques et africaines veulent servir leurs intérêts en plaçant enfin un homme qui leur est favorable à la tête de la Fifa – seuls des Européens et un Sud-américain ont jusqu'ici dirigé la Fédération internationale. 

Une alliance politique qui fait donc les affaires de Cheikh Salman, mais pas de son grand concurrent, le prince Ali. Le candidat de la Jordanie, qui n'est pas soutenu par la Confédération asiatique, a dénoncé ce qu'il voit comme une menace pour la Fifa. 

«Les fédérations africaines, dont je pense le plus grand bien, ne devraient pas être à vendre et les ressources pour le développement des sélections nationales ne devraient pas être utilisées par les candidats et les présidents de confédérations comme des outils politiques», a déclaré Cheikh Salman

«L’Afrique restera avec vous»

Sous la présidence de Sepp Blatter, la Confédération africaine de football a bénéficié de nombreuses aides de développement, via les programmes Goal. Comme nous l'avions expliqué sur Slate.fr, de nombreux soupçons de corruptions planent sur ces programmes de développement, qui étaient aussi un outil politique utilisé par Blatter pour conserver le soutien de l'Afrique. 

«L’Afrique est à l’aise avec vous. L’Afrique restera avec vous», avait déclaré Issa Hayatou au dirigeant suisse, lors du congrès annuel de l’organisation qui s’est tenu au Caire le 7 avril 2015. C'était avant la chute de Blatter. Aujourd'hui, les 54 fédérations africaines se sont trouvées un nouvel allié. Par pragmatisme. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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