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Angola: Luanda étouffe sous des montagnes d'ordures

Un bateau de passagers paralysé une demi-heure ce week-end à l'entrée du port de Luanda, les moteurs engorgés par des déchets: depuis des mois, la capitale angolaise croule sous les ordures, la circulation est perturbée, les habitants exaspérés.

"Regardez cet embouteillage, c'est à cause des poubelles qui débordent sur la route", s'insurge Joao Mampuya, un automobiliste de 52 ans. "Les déchets occupent l'une des deux voies et cela fait si longtemps qu'on ne sait même plus depuis quand ils sont là."

Depuis la mi-2015, la capitale tentaculaire qui abrite 6,5 millions d'habitants est devenue une décharge à ciel ouvert. 

Les raisons de cette situation sont controversées. La municipalité affirme être à court d'argent pour payer la société de ramassage des ordures, au moment où l'Angola, deuxième producteur d'or noir en Afrique, subit de plein fouet la crise liée à l'effondrement des cours du brut. 

Mais pour le célèbre journaliste angolais indépendant Rafael Marques de Morais, la corruption ou la mauvaise gouvernance sont des suspects possibles: "L'argent (pour payer la collecte des déchets) a-t-il disparu? Ont-ils embauché des opérateurs incompétents ? Les gouvernements locaux ne fonctionnent-ils pas? Qu'en est-il du gouvernement central?"

Les déchets s'accumulent partout, y compris près des villas de luxe qui jouxtent les "mousseks" (bidonvilles).

En pleine saison des pluies, les rues sont régulièrement inondées et l'eau se transforme en torrents noirâtres et nauséabonds transportant des déchets en putréfaction qui finissent par stagner dans de petites mares.

- Prévenir le choléra -

Les habitants ont pris l'habitude de jeter leurs déchets dans les rigoles des trottoirs, les bouches d'égout et les fossés. Faute de ramassage, les riverains y mettent le feu.

Le ras-le-bol s'exprime sur les réseaux sociaux où les jeunes se prennent en selfie devant des décharges de plusieurs mètres de haut ou devant un amoncellement de détritus qui bloque les voies ferrées, provoquant - il y a quelques mois - des retards de circulation de trains.

Mais le 11 janvier, le gouvernement a nommé un nouveau gouverneur pour Luanda, le général Higino Carneiro, dont l'objectif principal est d'assainir les rues de la capitale.

La nomination de cet homme puissant, membre du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) au pouvoir, intervient à un an de l'élection présidentielle, où le président José Eduardo dos Santos, en poste depuis 1979, devrait briguer, sauf rebondissement, un nouveau mandat.

Lors de sa première visite officielle la semaine dernière dans quatre quartiers de Luanda, le général Carneiro a annoncé la création d'un "poste de commandement urbain" chargé de lutter contre le problème des ordures.

"Nous ne pouvons plus continuer ainsi, sinon nous serons obligés de déclarer l'état de catastrophe sanitaire", a-t-il averti.

Le gouverneur craint que, sans action, des épidémies se répandent dans la ville. Par mesure de précaution, d'immenses panneaux publicitaires rappellent les gestes à suivre pour prévenir le choléra.

Depuis sa nomination, des "hommes en vert", employés de mairie, de sociétés privées ou volontaires, ont commencé à retirer, jour et nuit, les montagnes de détritus qui défigurent les rues.

Le travail à accomplir est titanesque. La population se plaint des rats, des cafards et des mouches qui prospèrent autour de ces déchets.

"Avec l'accumulation des poubelles, j'ai peur pour mon bébé que les rats rentrent dans ma maison", confie une femme de ménage.

Si la situation semble s'améliorer lentement, les habitants attendent de voir le résultat sur le long terme.

Une passante s'inquiète: "Les déchets reviennent plus vite qu'ils ne sont enlevés et personne ne passe dans les mousseks pour retirer les ordures qui sont charriées vers les ruisseaux et la mer".  

AFP

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