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Un panneau signale la centrale de nucléaire de Koeberg en Afrique du Sud. Crédit photo: REUTERS/Mike Hutchings
Un panneau signale la centrale de nucléaire de Koeberg en Afrique du Sud. Crédit photo: REUTERS/Mike Hutchings

L’Afrique façonne son avenir nucléaire en se tournant vers la Chine et la Russie

Plusieurs pays africains se sont engagés dans la voie du nucléaire. Mais beaucoup de questions se posent autour de la sécurité de ces projets sur le continent.

Nombre de pays africains entretiennent une lubie nucléaire. Les États possédant des programmes relatifs à cette énergie sont perçus comme prospères et technologiquement en pointe, jouissant ainsi d’un statut plus enviable que les autres pays en voie de développement. Le nucléaire n’est pas une nouveauté en Afrique. Il est apparu dès les années 1950 lorsque la République démocratique du Congo se dota du premier réacteur nucléaire. Aujourd’hui, de nombreux pays du continent prévoient de développer des programmes autour de cette énergie.

On compte à l’heure actuelle une douzaine de réacteurs nucléaires de recherche dans huit pays africains, l’Afrique du Sud étant le seul à posséder une centrale en activité. Mais la liste des pays qui veulent y accéder est longue. Les États subsahariens du Ghana, du Niger et de l’Ouganda ont ainsi manifesté un intérêt pour la construction de telles centrales. En Afrique du Nord, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont des projets similaires.

Pourquoi le nucléaire ?

Le développement économique du continent africain dépend de multiples facteurs: la stabilité politique, la sécurité, l’éducation et l’électricité. La bonne nouvelle, c’est que l’Afrique a des options sur le plan énergétique, du très critiqué charbon aux plus fréquentables gaz naturel, énergie géothermique ou renouvelable. Plusieurs pays africains ont privilégié une approche diversifiée où le nucléaire occupe une position centrale.

Les poids lourds du continent, le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud, montrent le chemin. Ces pays ont mis sur pied des plans à long terme pour faire décoller leur croissance économique. Et même des pays très riches en hydrocarbures comme le Nigeria recherchent une stabilité et une sécurité énergétiques face à des prix du pétroles fluctuants. Une équipe d’experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIE) poursuit ses visites entamées en 2015 au Kenya, au Maroc et au Nigeria pour identifier les problèmes et partager ses recommandations à l’heure où ces pays s’engagent dans le nucléaire.

Risques multiples

De nombreux experts s’interrogent sur la capacité de l’Afrique à gérer le nucléaire au regard des problèmes éthiques, budgétaires, sanitaires et sécuritaires soulevés. Leurs inquiétudes majeures concernent la corruption, les accidents tels que ceux vécus à Fukushima, le coût, le manque d’expertise et la gestion des déchets.

Une des premières étapes concernant le développement de l’énergie nucléaire concerne l’accès à l’uranium : l’Afrique n’est pas en reste et contribue à hauteur de 20 % à la production mondiale d’uranium; 34 pays du continent possèdent des mines d’uranium, dont la plupart se situent en Afrique du Sud, au Malawi, en Namibie et au Niger.

Il existe, bien sûr, une réelle menace sur le plan sécuritaire due à la présence sur le sol africain d’organisations extrémistes qui peuvent avoir accès aux installations nucléaires. Les bases de données de l’AIEA fournissent à ce sujet des informations précieuses sur les événements impliquant des matériaux radioactifs. De janvier 1993 à décembre 2013, 2477 incidents figurent dans les bases de données de l’AIEA, dont 424 concernent des détentions illégales de produits et autres activités criminelles reliées. La principale inquiétude concerne les tentatives de corruption de politiciens et d’experts de la part d’extrémistes, pouvant leur permettre d’attaquer ou de saboter des installations nucléaires.

La mine d’uranium à ciel ouvert de la Somaïr (filiale d’Areva) au Niger. Reuters/Joe Penney

Nous avons ainsi découvert – grâce aux documents rendus publics dans le cadre de Wikileaks –, qu’Al-Qaida avait des plans pour se procurer du matériel nucléaire et recruter des scientifiques sans scrupules pour mettre au point des «bombes sales». Aujourd’hui, la collaboration entre différents groupes extrémistes renforce cette peur. L’attaque en 2013 de la mine d’uranium de la Somaïr au Niger en est un exemple.

Il y a également le problème du devenir du réseau global de prolifération nucléaire du scientifique pakistanais Abdul Qadeer Khan. Ce dernier, qui vit libre au Pakistan, fut un temps au centre d’un marché noir mondial du nucléaire. Il avait des connexions en Afrique du Sud et s’était également engagé à fournir à la Libye toutes les infrastructures et le savoir nécessaires à la fabrication de la bombe nucléaire.

Washington cherche par le biais de plusieurs organisations multilatérales à minimiser cette menace. De même, la Global Initiative to Combat Nuclear Terrorism, présidée par la Russie et les États-Unis, réunit 86 nations qui se sont engagées à respecter les principes de base de la gestion du nucléaire. À ce jour, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la Lybie, Madagascar, le Maroc, les Seychelles et la Zambie ont passé des accords avec cette organisation.

Chine et Russie en première ligne

L’expertise nucléaire de l’Afrique étant limitée, elle cherche à l’étranger le savoir qui lui permettra de faire aboutir ses ambitions nucléaires. Cela concerne certaines puissances occidentales, comme la France et les États-Unis, mais ce sont bien la Chine et la Russie qui se taillent la part du lion.

L’implication de la Russie dans le nucléaire africain ne date pas d’hier et affiche une santé éclatante. Le président Vladimir Poutine semble ainsi en bonne place pour accompagner le développement nucléaire de l’Afrique du Sud. Il a été également annoncé, après la visite du président russe au Caire en février 2015, que la Russie allait construire une centrale nucléaire pour l’Égypte, à Dabaa. Et l’entreprise russe Rosatom a aussi récemment signé un accord avec le Nigeria pour construire une centrale qui devrait être opérationnelle en 2025.

Quant à l’implication de la Chine en Afrique au cours de la dernière décennie, c’est tout simplement impressionnant. Pékin a surfé sur cet élan pour faire des incursions dans le domaine nucléaire. La Chine et le Kenya ont ainsi récemment signé un accord portant sur la construction de la première centrale nucléaire dans ce pays d’Afrique de l’Est pour être opérationnelle d’ici à 2025. Dans le même temps, la China General Nuclear Power Corporation débutera, en février prochain dans le centre-ouest de la Namibie, l’exploitation de l’uranium de la mine d’Husab.

L’intérêt de la Chine et la Russie en Afrique est bien sûr lié à la question de leur puissance stratégique et économique, mais elles cherchent aussi à garantir leur accès aux réserves d’uranium. C’est ainsi que Pékin et Moscou sont en première ligne dans la course à la sécurité énergétique mondiale, tout en renforçant leurs relations politiques et commerciales avec les gouvernements africains.

Malgré les défis et les inquiétudes relatifs au développement de l’énergie nucléaire, il faut s’attendre à ce que les centrales africaines, de l’Égypte au Nigeria, finissent par devenir opérationnelles.

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Par , Research Fellow, International Relations, Monash University

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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