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La Tunisie face

Cinq ans après la révolution, la Tunisie faisait à nouveau face à la contestation contre le chômage et l'exclusion sociale qui, partie de Kasserine (centre), s'étendait à d'autres villes, contraignant le Premier ministre à écourter sa tournée en Europe.

Face à la dégradation de la situation, Habib Essid, qui participait au Forum de Davos (Suisse) et devait ensuite se rendre en France pour y rencontrer notamment son homologue Manuel Valls, a annoncé qu'il présiderait samedi un conseil des ministres exceptionnel et tiendrait une conférence de presse.

Des mouvements de protestation - parfois marqués par des heurts avec la police - ont de nouveau eu lieu jeudi, et gagné de nouvelles villes, rappelant parfois les manifestations qui avaient emporté le régime de Zine el Abidine Ben Ali fin 2010-début 2011.

- 'Assez des promesses' -

A Kasserine, dans le centre défavorisé, la police a comme la veille fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui bloquaient des routes et jetaient des pierres, selon une journaliste de l'AFP. En soirée, l'atmosphère restait tendue, le couvre-feu n'étant pas respecté.

C'est dans cette ville que les troubles ont commencé à la suite du décès samedi d'un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, électrocuté après être monté sur un poteau. Il protestait avec d'autres contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

"Nous en avons assez des promesses et de la marginalisation. Nous avons fait la révolution et nous ne nous tairons plus", a dit à l'AFP une manifestante, Marwa Zorgui, reflétant le ras-le-bol dans la région.

La veille, un policier est mort durant la dispersion d'une manifestation à Feriana (30 km de Kasserine), selon le ministère de l'Intérieur. Une source de sécurité a affirmé à l'AFP que le véhicule du policier s'était renversé.

Une source à l'hôpital de Kasserine a fait état de 240 blessés parmi les civils et 74 parmi les policiers depuis le début des troubles.

Un responsable sécuritaire a affirmé à l'AFP que les forces de l'ordre avaient reçu pour instruction d'observer "le plus haut degré de retenue", pour éviter toute escalade.

Dans un communiqué, le gouvernement a lui "mis en garde contre le danger des infiltrations dans les protestations pacifiques" pouvant mener à "la violence, et au vandalisme".

Jeudi matin, plus d'un millier de personnes, souvent jeunes, s'étaient rassemblées devant le gouvernorat de Kasserine pour obtenir des renseignements sur le recrutement de 5.000 chômeurs annoncé la veille en urgence par le gouvernement.

En journée, le ministère des Finances a toutefois rectifié cette annonce, indiquant qu'il ne s'agissait pas de créations d'emplois mais de l'élargissement d'un dispositif d'aide.

 - Remèdes 'sélectifs'? -

Alors qu'elle visait à calmer la situation, l'annonce initiale a suscité des remous ailleurs, comme à Siliana (nord-ouest).

"La marginalisation, on n'y remédie pas de manière sélective parce que Kasserine a protesté et pas Siliana", a lancé l'élu Salah Bargaoui en marge d'un rassemblement devant le siège du gouvernorat.

A Sidi Bouzid, d'où était partie la révolution de 2011, plusieurs routes ont été coupées par des pneus en flammes et de jeunes manifestants ont jeté des pierres sur la police, qui a répliqué par du gaz lacrymogène, selon un correspondant de l'AFP.

Le centre-ville, où le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s'était immolé fin 2010, a été bouclé.

Des manifestations ont aussi eu lieu à Jendouba, Gafsa ou encore Kébili, selon des médias locaux. A Souk Lahad (centre), un poste de la Garde nationale (gendarmerie) a été incendié, d'après un responsable du ministère de l'Intérieur.

En soirée, des incidents ont également été rapportés par des médias dans plusieurs localités et quartiers du Grand Tunis.

"C'est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. "De Bouazizi à Yahyaoui, les motifs et la manière se répètent", a estimé le quotidien arabophone Al Chourouk.

A Davos, le Premier ministre a déclaré que le chômage était "le problème essentiel (...) et l'une des priorités du gouvernement". Mais "nous n'avons pas de baguette magique pour en finir en peu de temps", a plaidé Habib Essid. La Tunisie doit "trouver un nouveau modèle de développement (...) qui s'appuie sur la justice sociale", a-t-il ajouté.

Interrogé par l'AFP, Hamza Meddeb, chercheur au centre Carnegie, a averti que la population avait déjà "patienté pendant cinq ans" et "ne peut plus patienter".

Si la Tunisie a pu, malgré les difficultés, organiser des élections libres et adopter une nouvelle Constitution, elle ne parvient pas à relancer son économie affectée par l'instabilité et les attentats jihadistes.

Le chômage dépasse 15% au niveau national et atteint le double chez les diplômés. Ces taux sont encore supérieurs à l'intérieur du pays.

AFP

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