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Nigeria: Buhari va-t-il trop loin dans la lutte contre la corruption?

Chasse aux sorcières, non respect des procédures... Au moment où des personnalités nigérianes sont accusées d'avoir siphonné des milliards de dollars de fonds publics, certains se demandent si le gouvernement ne va pas trop loin au nom de la lutte contre la corruption.

Le président Muhammadu Buhari, élu l'année dernière, a promis de retrouver les sommes d'argent "ahurissantes" disparues des caisses de l'État sous la précédente administration.

Cette semaine, le gouvernement a annoncé que 55 personnes avaient dilapidé plus de six milliards de dollars entre 2006 et 2013.

Mais c'est surtout Sambo Dasuki, l'ancien conseiller national à la sécurité, qui fait figure de pivot dans cette bataille: L'ancien colonel de l'armée est accusé d'avoir détourné des milliards de dollars qui étaient destinés à l'achat d'équipements pour lutter contre le groupe islamiste Boko Haram.

Une partie des espèces détournées auraient été injectées dans la campagne de réélection de l'ancien président Goodluck Jonathan, du Parti démocratique populaire (PDP). 

M. Dasuki devait être libéré sous caution le mois dernier, mais il est toujours détenu et il n'a pas eu droit de rencontrer ses avocats, en vue des trois procès qui doivent démarrer prochainement, a dénoncé un de ses conseils, Joseph Daudu, devant un tribunal d'Abuja mercredi.

M. Daudu a considéré que le maintien en détention de M. Dasuki était un "affront éhonté" à la justice.

"Je ne vois pas comment on peut juger une affaire criminelle en l'absence de l'accusé", a acquiescé le juge Adeniyi Ademola. "Cela pourrait créer un dangereux précédent".

- Retour aux anciennes méthodes? -

Dans un entretien accordé à l'AFP, M. Daudu a accusé M. Buhari de revenir à ses anciennes méthodes, quand il dirigeait le pays à la tête d'une junte militaire dans les années 80.

M. Buhari "a insisté sur le fait qu'il était un homme changé, acceptant les principes démocratiques", a souligné l'avocat, "mais le fait qu'il interfère avec le système juridique et qu'il essaie de faire sa propre loi, ce n'est bien" et risque de peser sur la crédibilité du verdict.

Pour le procureur Oladipo Okpeseyi, "le gouvernement fédéral s'est plié à toutes les décisions prises dans le cadre de cette affaire. En aucun cas nous ne sommes dans l'illégalité".

Les propres commentaires de M. Buhari concernant M. Dasuki et deux autres suspects --le militant pro-Biafra Nnamadi Kanu et le leader chiite Zakzaky-- ont cependant de quoi inquiéter.

Le président nigérian a affirmé à la presse, en décembre, que ces hommes étaient détenus parce qu'ils avaient commis "des atrocités" contre le gouvernement, alors qu'aucun d'entre eux n'a été jugé.

M. Kanu a été arrêté en octobre. La liberté conditionnelle lui a été accordée en décembre mais il est toujours détenu au secret, en attendant son procès pour "haute trahison".

M. Zakzaky a été arrêté au cours d'affrontements entre l'armée et des membres de son groupe, le Mouvement islamique du Nigeria, qui ont fait des centaines de morts. On ignore, jusqu'à présent, de quoi il a été accusé.

- Chasse aux sorcières -

M. Buhari avait promis, quand il a été élu, que sa guerre contre la corruption n'aurait pas de couleur politique.  

"Le président Jonathan n'a rien à craindre de moi", a-t-il assuré lors de son discours de victoire, en avril dernier. 

L'ancien chef de l'État pourrait cependant se retrouver au c½ur de l'affaire Dasuki, un des piliers de son administration.

"Le conseiller national à la sécurité répond en général aux instructions de son président", rappelle Ahmed Raji, un autre avocat de M. Dasuki. "On ne peut pas évoquer cette affaire sans parler du président Jonathan".

La vaste campagne anti-corruption menée par M. Buhari est très appréciée à travers le pays et à l'étranger, mais pour le commentateur politique Chris Ngwodo, "elle n'a pas été menée correctement".

La commission nigériane pour les crimes économiques et financiers (EFCC) est plus active que jamais pour dénoncer des affaires de corruption. Mais pour l'instant, peu de suspects sont passés devant les tribunaux. Et comme la plupart d'entre eux appartiennent au PDP, le parti de l'ancien président Jonathan crie à la chasse aux sorcières.

"Il faut s'assurer de la condamnation effective de chacune de ces personnes, là est le test décisif de cette campagne anti-corruption", pense M. Ngwodo. "On peut vaincre la corruption en renforçant les institutions, pas en les bafouant".

AFP

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