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La colère gronde dans une région défavorisée de Tunisie

Des centaines de personnes ont à nouveau exprimé mercredi leur ras-le-bol de la misère sociale à Kasserine, région défavorisée du centre de la Tunisie où de vives tensions ont refait surface après le décès d'un jeune chômeur.

Cinq ans après la révolution de 2011 contre le régime de Zine el Abidine Ben Ali, née de l'immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, l'exclusion sociale et les disparités régionales persistent, dans un contexte de profonde morosité économique.

Plusieurs centaines de personnes sont de nouveau descendues mercredi matin dans les rues de Kasserine, une ville de quelque 80.000 habitants, pour réclamer notamment des solutions au chômage.

Après s'être rassemblée dans le calme devant le siège du gouvernorat, la foule a pris la direction du centre-ville, selon un correspondant de l'AFP. De petits groupes ont ensuite bloqué des routes avec des pneus en feu.

Ce mécontentement, qui a contraint les autorités à décréter mardi un couvre-feu nocturne dans la ville, fait suite au décès samedi d'un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, mort électrocuté après être monté sur un poteau. Il protestait parmi d'autres contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

Le Premier ministre Habib Essid a annoncé dans les 48 heures le limogeage d'un haut responsable du gouvernorat ainsi que l'ouverture d'une enquête. 

Mais après de premières escarmouches dimanche, 500 à 1.000 personnes ont de nouveau exprimé leur colère mardi matin. Des jets de pierre ont eu lieu, d'après un responsable du ministère de l'Intérieur, et les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène.

Quatorze personnes ont été légèrement blessées, de source officielle, tandis que des commerces ainsi que la Poste et des écoles ont fermé plus tôt que d'habitude du fait des troubles.

"Quelques cas" de violation du couvre-feu ont été enregistrés dans la nuit de mardi à mercredi à Kasserine, d'après le gouverneur Chedly Bouallègue.

Des incidents sont également intervenus ailleurs dans la région, à Thala, Meknassi et Mazzouna, où des manifestants ont bloqué des routes et brûlé des pneus, selon des témoins et une source de la sécurité.

- 'Gang de voleurs' -

Comme lundi, un nouveau rassemblement de "soutien à Kasserine" s'est en outre tenu mercrdi à Tunis en présence de 150 personnes, en grande majorité des jeunes, dont certaines brandissaient des portraits de Ridha Yahyaoui.

Les manifestants ont scandé "Travail, liberté, dignité nationale", un slogan phare de la révolution, et "Le travail est un droit, gang de voleurs" en allusion aux gouvernants, selon une journaliste de l'AFP.

Le gouverneur de Kasserine s'est voulu rassurant en déclarant sur la radio Mosaïque FM que les autorités étaient à l'écoute. "Nous sommes en train d'accueillir des jeunes, des diplômés de l'enseignement supérieur. Nous dialoguons et notons leurs revendications", a fait valoir M. Bouallègue.

Mardi, le président du Parlement, Mohamed Ennaceur, a annoncé qu'une délégation parlementaire devait se rendre dans la région à une date qui n'a pas encore été fixée.

Une séance plénière sera aussi "prochainement" consacrée au plan du gouvernement concernant l'emploi, en présence du chef du gouvernement.

Si elle a réussi la transition politique née de la révolution de 2011 (élections libres et nouvelle Constitution), la Tunisie ne parvient pas à relancer son économie.

En 2015, la croissance devrait être inférieure à 1%, notamment plombée par la crise du secteur touristique, une conséquence de l'instabilité et des attaques jihadistes.

Le chômage au niveau national dépasse 15% et atteint même le double chez les diplômés chômeurs. Comme avant 2011, l'intérieur du pays reste largement défavorisé.

Habib Essid a remanié son gouvernement en début de mois, après une première année au pouvoir jugée décevante.

"Nous reconnaissons la réalité des difficultés économiques et sociales rendues plus aiguës par les (attentats) terroristes", a de son côté déclaré le président Béji Caïd Essebsi dans un discours pour les cinq ans de la révolution.

Il s'est toutefois dit confiant que 2016 serait "l'année de l'audace dans la réforme et la vitesse d'exécution, de l'espoir et du travail malgré l'ampleur des difficultés".

AFP

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