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Leila Alaoui, une photographe humaniste victime des jihadistes

Elle avait été envoyée au Burkina Faso par Amnesty International pour un reportage sur les droits des femmes: Leila Alaoui, 33 ans, brillante photographe franco-marocaine victime de l'attentat de Ouagadougou, était une "militante de la cause humaine", passionnée par la diversité culturelle.

Née à Paris en 1982, elle vivait et travaillait entre Marrakech et Beyrouth, après avoir fait des études de photographie à la City University de New York. Elle exposait depuis 2009 dans le monde entier, combinant des approches documentaire et artistique. 

Elle est décédée lundi soir, trois jours après avoir été grièvement blessée lors de l'attaque jihadiste. 

Leila Alaoui avait exposé notamment à l'Institut du Monde Arabe de Paris, à Art Dubaï et ce mois-ci à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, où son exposition "Les Marocains" venait de s'achever dimanche. Elle a aussi publié dans le New York Times et Vogue. 

Pour sa dernière exposition, des portraits grandeur nature d'hommes et de femmes en costumes traditionnels posant avec une grande dignité, elle avait effectué un "road trip à travers le Maroc rural". Son objectif: conserver "une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains" menacés par la mondialisation. 

"Puisant dans mon propre héritage, j'ai séjourné au sein de diverses communautés et utilisé le filtre de ma position intime de Marocaine de naissance pour révéler la subjectivité des personnes que j'ai photographiées", racontait-elle dans un texte rédigé pour l'exposition. 

A l'opposé du folklore, elle voulait "contrebalancer le regard condescendant de l'orientaliste en adoptant des techniques de studio analogues à celles de photographes tels que Richard Avedon dans sa série +In the American West+, qui montrent des sujets farouchement autonomes".

Amnesty International a exprimé sa "grande tristesse" mardi, précisant que la photographe se trouvait devant le café Cappuccino, en face de l'Hôtel Splendid, lorsqu'elle avait été blessée à la jambe et au thorax. 

Selon l'organisation, son évacuation était en préparation quand elle est décédée lundi soir d'un arrêt cardiaque. 

Des critiques ont néanmoins été émises par ses proches sur sa prise en charge médicale. A Paris, le ministère des Affaires étrangères a annoncé qu'un "rapport" avait été demandé à l'inspection générale du ministère sur les circonstances de son décès.

"Leila était une photographe talentueuse, que nous avions envoyée au Burkina Faso pour un reportage photo sur les droits des femmes", explique Amnesty. Son chauffeur, Mahamadi Ouédraogo, a également été tué dans l'attentat.

- 'Une belle âme'-

"Elle s'était notamment impliquée auprès des migrants au Maroc, qui sont 20.000 à 30.000 dans le pays, venant essentiellement d'Afrique subsaharienne. Par ses photos, elle cherchait à montrer l'humanité de ces personnes dont on ne retient souvent que le statut de sans-papiers. Elle parlait de son travail avec intelligence et passion", se souvient le journaliste de l'AFP Guillaume Klein, qui l'avait rencontrée au Maroc.

En 2013, à la Fondation Orient-Occident de Rabat, elle avait organisé, en collaboration avec le HCR, un atelier avec un groupe de 20 femmes et jeunes réfugiés pour leur permettre de s'exprimer.

"Elle leur avait donné l'appareil et leur avait demandé de prendre des photos illustrant leurs conditions de vie au Maroc, en laissant libre court à leur +imagination artistique+", a raconté le journaliste. "Elle était reconnue et appréciée dans son milieu, et faisait partie du +Maroc qui bouge+. C'était manifestement une belle âme". 

Le Premier ministre français Manuel Valls lui a rendu hommage en tweetant: "Profonde tristesse car Leila Alaoui, c'était l'engagement, la culture, le talent. Tout cela, les terroristes ne pourront jamais l'abattre".

L'écrivain Tahar Ben Jelloun a salué sur son blog "une artiste passionnée et qui savait débusquer le réel derrière l'apparence, montrer la splendeur d'un corps derrière le voile des préjugés". "Aujourd'hui, le monde de l'art perd une étoile (...) pour les droits de l'Homme, pour les droits de montrer ce que le grand public ne voit pas".

"On a tué l'art, on a tué la jeunesse, On a tué la lumière", a déploré Rachid Badouli, un des responsables de la Fondation Orient-Occident de Rabat, rappelant que la jeune femme avait "milité toute sa vie pour la cause humaine". 

AFP

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