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En Guinée, suspicions et rumeurs ont fait le lit d'Ebola

Il aura fallu plus de deux ans à la Guinée pour venir à bout de l'épidémie d'Ebola, méfiance entre autorités et populations et rumeurs ayant longtemps entravé la lutte contre la maladie, selon organisations internationales et analystes.

Des trois pays les plus touchés - Guinée, Liberia et Sierra Leone - c'est dans le premier que les réactions aux mesures contre Ebola se sont manifestées le plus brutalement, culminant avec le massacre en septembre 2014 de huit membres d'une équipe de sensibilisation à Womey, dans le Sud forestier, épicentre originel de l'épidémie.

"Le tissu social a été mis à rude épreuve", a reconnu mardi le représentant en Guinée de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Mohamed Belhocine, dans sa déclaration annonçant la fin de la transmission du virus dans le pays.

"Les communautés, les familles et les individus ont été marqués par l'incrédulité, la peur, l'incertitude du lendemain, le choc des deuils multiples en un temps très court", a-t-il rappelé.

"Jamais en Guinée, pendant mes 36 ans de service, il n'a fallu deux ans pour lutter contre une épidémie. Et cette épidémie, qui est sans précédent, a éprouvé mon pays, notre système de santé et toutes les composantes de notre société", a confié le coordinateur national de la lutte contre Ebola, le Dr Sakoba Keïta.

Les "réticences" - selon la pudique terminologie officielle - qui poussaient les malades à se cacher et les familles à perpétuer leurs pratiques funéraires traditionnelles, malgré les risques de contagion, ont souvent masqué des chaînes de transmission insoupçonnées.

"En Guinée, il n'y avait pas de canal médiatique de masse pour diffuser des messages vitaux à l'ensemble de la population dans plus de 20 langues et dialectes. Dans ce vide, les rumeurs et la peur se propagent rapidement", a souligné mardi l'Unicef.

L'agence de l'ONU pour l'enfance précise avoir construit six radios communautaires et en avoir réhabilité 23 existantes, estimant que dans certaines zones ces médias de proximité ont représenté "un facteur majeur dans l'arrêt de l'épidémie".

- Réactions dues à l'expérience -

Selon un rapport du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) paru en octobre, la propagation foudroyante du virus est due "non seulement à la faiblesse de la surveillance épidémiologique et d'un système de santé déficient, mais aussi au scepticisme des gens face à ce que leur gouvernement leur disait ou leur demandait de faire".

Face à la prolifération de rumeurs, sur un terrain favorable de méfiance envers le pouvoir dans une Guinée qui n'a pratiquement connu que des régimes autoritaires, un des principaux acteurs, l'ONG Médecins sans Frontières (MSF), les recensait systématiquement afin de les combattre.

"Ils croient qu'ils vont mourir au CTE (centre de traitement d'Ebola), qu'on brûle les corps, qu'on vend du sang, qu'on vend des parties du corps", expliquait en avril à l'AFP Sara Christiaensen, promoteur santé pour MSF à l'hôpital Donka de Conakry.

Dans un compte-rendu de mission sur 26 villages récalcitrants de Guinée forestière visités à l'été 2014, la socio-anthropologue Julienne Anoko, consultante pour l'OMS, a catalogué ces rumeurs, relayées sous d'innombrables variantes à travers les trois pays.

Outre le trafic d'organes ou de cadavres, les théories du complot y foisonnent: celui des Blancs pour faire main basse sur les ressources africaines, ou des dirigeants pour capter les fonds de ces mêmes Blancs, quand il ne s'agit pas de réduire des populations jugées hostiles au pouvoir.

Selon l'ICG, "de telles suspicions étaient manifestes à un degré ou un autre dans les trois pays (davantage en Guinée et en Sierra Leone)" et ont représenté "un obstacle majeur pour enrayer définitivement la propagation d'Ebola".

"Le manque de confiance dans les intentions du gouvernement, soit par opportunisme politique, soit par corruption, était fondé sur l'expérience" des populations, remarque le groupe. 

Selon le rapport, "combiné aux messages mal formulés sur la quasi certitude de la mort en cas de contamination par Ebola et la stigmatisation des survivants, le rejet de l'information sanitaire gouvernementale, dans des régions historiquement exclues ou exploitées, prend tout son sens".

AFP

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