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Le père Noël perdu en Afrique. Crédit photo: REUTERS/James Akena
Le père Noël perdu en Afrique. Crédit photo: REUTERS/James Akena

J'ai passé le meilleur Noël de ma vie sous le soleil de Durban

Mon réveillon passé en Afrique du Sud en 2014 était sûrement le meilleur de ma vie.

Passer un Noël loin de ma famille et de mes proches n'était pas la perspective qui m'enchantait le plus lors de mon voyage en Afrique du Sud en décembre 2014. Pas de cadeaux au pied du sapin, pas d'amis avec qui lever une coupe de champagne, et encore moins de neige, tous ces ingrédients manquants me laissaient penser que la recette serait ratée, et mon Noël un morceau de tristesse au soleil.

Mais mon 25 décembre sur le bout du bout du continent africain a pris un autre tournant.

Quand vous voyagez seul, vous faites de nombreuses rencontres avec des locaux. On vous aborde plus facilement et vous êtes vous même plus prompt à aller vers les gens pour sortir, même momentanément, de votre solitude de voyageur, parfois jouissive, à d'autres moments pesante.

Cette veille de Noël 2014, je quittais les montagnes du Drakensberg pour rejoindre, en stop, Durban, la grande mégalopole du sud-est de l'Afrique du Sud, à quelques heures de route. Lourd sac sur les épaules, je galérais à m'attirer la bienveillance des rares automobilistes qui fréquentaient l'étroit sillon de goudron qui sillonnait le paysage escarpé, quand mon père Noël débarqua du ciel.

Un gros 4x4 venait de me dépasser en tromber et je me remettais en marche le long de la route, mon lourd sac sur les épaules – avec tout le matériel nécessaire pour survivre un mois d'auberges en campings. Mais le conducteur pressé venait sans doute de me prendre en pitié en jettant un oeil dans son rétroviseur, et il effectuait une marche arrière tout aussi rapide sur le bitume.

L'imprévu du voyage

«Où vas-tu jeune homme?

– À Durban!

– Alors monte!»

Et débuta l'un de mes plus beaux trajets en voiture. L'homme au fort embonpoint, signe d'une vie réussie en Afrique du Sud, était un sud-africain d'origine indienne, comme une large frange de la population de Durban, et rentrait chez sa famille après une semaine de chasse dans le Drakensberg. Il respirait l'envie de faire découvrir son pays à l'étranger que j'étais, et m'expliquait la provenance des voitures qui nous doublaient à la lecture de leur plaque d'immatriculation, me donnait le nom de chaque mont qui se dessinait à travers le pare-brise, et s'arrêtait dans des petits villages tout en me traduisant le langage zoulou des discussions.

Mais le plus beau était encore à venir.

Au détour d'un virage, peu de temps avant de rejoindre l'autoroute qui nous ramènerait à grande vitesse vers la côte, l'ambiance de fête qui se dégageait d'un village attisa sa curiosité. Des dizaines de voitures étaient garées sur le bas-côté, et une foule en liesse chantait entre les petites maisons en tôle.

Il s'agissait d'un mariage. Se frayant un passage jusqu'aux mariés, il me présenta comme un Français qui venait découvrir «notre beau pays qu'est l'Afrique du Sud.» Buffet, danse apprise sur le tas, ce fut un après-midi de fête.

Les pieds dans l'eau

Mais mon Noël n'était pas fini. De retour à Durban, je rejoignais un guest-house bon marché dans le quartier branché de Morningside. À quelques heures du réveillon de Noël, je me joignais à un petit groupe d'étrangers, qui comme moi sirottaient des bières sur la terrasse de l'auberge en regardant distraiement du coin de l'oeil la vieille télévision qui diffusait un match de foot du championnat sud-africain — où les gens vont en famille voir des matchs à Noël, comme au Royaume-Uni.

Après quelques échanges sur la qualité médiocre du championnat local, décision était prise de fêter Noël dans un restaurant du coin. Calamars, frites, vin sud-africain, un plaisir pour les papilles au milieu de tablées de locaux qui fêtaient leur réveillon chapeaux de père Noël sur le crâne. Et puis dans l'été sud-africain, la nuit chaude excite toujours les corps et les esprits. Et à l'heure du dessert, les vibrations furieuses de Die Antwoord, groupe d'électro de Cape Town à la renommée mondiale, propulsèrent l'assemblée sur les tables où les fessiers s'agitèrent dans tous les sens mais avec grâce pendant quelques minutes. La plus belle ode à l'esprit de Noël.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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