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Centrafrique: les autorités veulent reporter au 30 décembre la présidentielle et les législatives

Les autorités centrafricaines ont proposé jeudi de reporter au 30 décembre le premier tour des élections présidentielle et législatives prévu vendredi, des scrutins devant clore trois ans de violences intercommunautaires qui ont plongé le pays dans une crise sans précédent.

Elles ont invoqué notamment des problèmes de formation des agents électoraux dont certains avaient fait des erreurs lors du référendum constitutionnel du 13 décembre et les difficultés d'acheminement des bulletins de vote à l'intérieur du pays.

La validation de cette nouvelle date reste suspendue à une dérogation de la Cour constitutionnelle. Le code électoral prévoit en effet que tout scrutin doit se dérouler un dimanche. Une source proche de la Cour a indiqué à l'AFP que l'institution se réunirait "au plus tôt" vendredi. 

Les élections ont déjà été reportées à plusieurs reprises du fait de l'insécurité persistante dans plusieurs zones du pays, toujours sous la coupe de bandes armées.

La question du report a été posée jeudi par la présidente de transition, Catherine Samba Panza, lors d'une réunion avec l'Autorité nationale des élections (ANE), les représentants des partis, des candidats et de la communauté internationale.

"La date du 30 décembre nous irait mieux", a répondu la présidente de l'ANE, Marie-Madeleine N'kouet Hoornaert, chargée d'organiser les scrutins. Les parties impliquées dans le processus électoral ont salué cette déclaration par des applaudissements.

- Défi logistique -

L'ONU, présente avec une mission forte de 10.000 Casques bleus (Minusca), a estimé qu'il ne s'agissait pas d'un revers pour la transition politique dans ce pays.

"Etant donné la situation de sécurité très délicate dans le pays, il est important que ces élections se tiennent dans les meilleures conditions possibles", a estimé le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric.

L'éventuel second tour de la présidentielle et celui des législatives - pour lesquelles quelque 1.800 candidats sont en lice - sont prévus le 16 janvier.

Depuis son indépendance de la France en 1960, la Centrafrique a déjà connu cinq Républiques, un Empire et six régimes de transition issus du renversement des pouvoirs établis.

Dans ce pays de 4,8 millions d'habitants parmi les plus pauvres au monde, les électeurs se sont massivement inscrits sur les listes électorales, témoignage d'une forte volonté d'en finir avec la loi des armes.

Trente candidats sont en lice pour la présidentielle mais trois personnalités émergent : les anciens Premiers ministres du défunt président Ange-Félix Patassé, Anicet Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ainsi que Abdoul Karim Méckassoua, plusieurs fois ministres de François Bozizé.

Le renversement du président Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia, a précipité le pays dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 par des massacres à grande échelle et le déplacement de centaines de milliers de personnes, à Bangui et en province.

Michel Djotodia a finalement été contraint à la démission début 2014, dans la foulée d'une intervention militaire internationale sous la conduite de la France.

Dirigée depuis Mme Samba Panza, la Centrafrique tente de se réconcilier et de redresser une économie ruinée et sous perfusion des bailleurs qui, France en tête, poussaient à l'organisation rapide d'élections.

Les trois derniers chefs d'Etat du pays - et les seuls encore en vie - sont exclus du scrutin. MM. Bozizé et Djotodia, actuellement en exil, sont sous le coup de sanctions internationales et la Charte de transition interdisait à Mme Samba Panza d'être candidate.

L'organisation des élections est un défi logistique, vu l'état des moyens de communications (routes, téléphonie notamment) et la présence de groupes armés issus de l'ex-Séléka ou des milices majoritairement chrétiennes et animistes anti-balaka, qui tendent des embuscades le long des axes routiers.

- Candidats sous protection -

La Minusca est mobilisée pour assurer la sécurité du vote et aider à l'acheminement du matériel électoral (urnes, bulletins). Les forces de sécurité nationales restent embryonnaires, dans l'attente d'une réorganisation complète.

La force onusienne a précisé que des mesures avaient également été prises pour "protéger les candidats" en campagne.

Le déroulement du référendum - dont l'enjeu politique était bien moindre - montre que ces mesures restent indispensables.

Dans plusieurs localités de province, le vote avait été perturbé par des hommes armés et à Bangui, dans l'enclave musulmane du PK-5, des tirs d'armes lourdes avaient fait cinq morts, entraînant une prolongation de 24 heures du scrutin.

Vu le nombre de candidats, les opérations de dépouillement et de centralisation des résultats par l'ANE s'annoncent d'ores et déjà longues.

Pour le référendum, bien plus simple à dépouiller et où le taux de participation a officiellement été de 38%, les résultats ont été annoncés huit jours après le vote.

AFP

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