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Ethiopie: les Oromo défendent leurs terres et dénoncent la répression

"Arrêtez les tueries! Il n'y a pas de démocratie!": dans les rues de Wolenkomi, au nord-ouest d'Addis Abeba, la population locale oromo craint les expropriations et s'insurge contre la répression féroce du gouvernement éthiopien.

Les critiques contre les autorités sont rares en Ethiopie, où le régime est régulièrement accusé d'atteintes aux droits de l'Homme.

Mais l'exaspération est à son comble pour les 27 millions d'Oromo, presque 30% de la population, après plusieurs semaines de manifestations réprimées dans le sang, selon des ONG et des témoignages recueillis sur place la semaine dernière par l'AFP.

Les manifestations ont été lancées à la mi-novembre dans toute la région de l'Oromia - la plus peuplée du pays et qui possède sa propre langue, l'Oromo, différente de la langue officielle, l'amharique - par des étudiants inquiets du projet d'agrandissement de la capitale Addis Abeba. 

Ils craignent des expropriations de terres dans des zones oromo, qui s'étendent de l'est au sud-ouest du pays.

Sur la route qui s'enfonce depuis Addis vers le Choa occidental, en territoire oromo, les barrages faits de pierres et de troncs se succèdent sur plusieurs kilomètres.

"C'est impossible de passer, il y a une manifestation à Wolenkomi", alerte un chauffeur de bus, qui ne se risquera pas plus loin.

"Mon mari vient de m'appeler, dit une femme. Il s'est réfugié dans une église. La police a tiré sur les manifestants". Son voisin, en colère, lâche: "Ils prennent nos terres, tuent nos enfants. Pourquoi ils ne nous tuent pas tous maintenant?"

- Ne pas baisser les bras -

Un peu plus loin, des dizaines de personnes, effrayées, fuient la ville, théâtre de violences. La foule, armée de bâtons, continue de hurler. Deux corps inertes reposent encore à même le sol. Le sang coule à travers un linceul de fortune.

Une femme hurle: "C'était mon seul fils, ils me l'ont tué!" Le corps de Kumsa Tafa, 20 ans, est transporté dans la maison familiale. Ababetch, sa s½ur de 14 ans, essuie ses larmes en tremblant: "Il était étudiant. Personne n'était violent. Je ne comprends pas pourquoi il est mort".

L'armée a plus tard de nouveau investi la ville et les tirs ont fusé pendant plus d'une heure. Kafani, un petit commerçant, a été bloqué par les militaires. "Ils m'ont mis en joue et m'ont dit: +Tu rentres chez toi, si tu reviens, on te tue+."

Selon Bekele Gerba, président adjoint du Congrès fédéraliste oromo, "80 personnes sont décédées" depuis le début des manifestations. L'ONG Human Rights Watch (HRW) a estimé samedi le bilan de la répression à "au moins 75 tués", contre seulement cinq selon le gouvernement.

"Le gouvernement peut continuer d'envoyer des forces de sécurité et agir avec violence, nous n'allons jamais baisser les bras", assure M. Gerba, qui rejette le "Master Plan" du gouvernement prévoyant l'agrandissement d'Addis en zone oromo.

Ce plan entre dans le cadre d'un projet de développement sur 25 ans, pour construire des infrastructures et attirer de nouveaux investisseurs dans cette zone. Il avait déjà provoqué des manifestations l'an passé, mais de bien moindre ampleur.

- Le gouvernement 'sans merci' -

Pour M. Gerba, il s'agit là d'un "accaparement des terres". La question foncière est le noeud du problème car en Ethiopie, la terre appartient à l'Etat et les propriétaires sont considérés comme des locataires.

"La terre représente tout pour ces fermiers", souligne Felix Horne, chercheur à HRW. "Elle est essentielle pour se nourrir, mais aussi pour leur identité, leur culture. Vous ne pouvez pas délocaliser quelqu'un sans consultation ni compensation adéquate et vous attendre à ce qu'il n'y ait pas de réaction."   

Plus à l'ouest, dans la ville d'Ambo, Turu a été expropriée. Elle avait deux hectares de terre et n'a reçu en compensation que 40.000 birrs (1.700 euros). Elle travaille désormais à l'usine et gagne 30 birrs par jour (1,30 euro) pour s'occuper de ses quatre enfants et de son mari handicapé.

Le gouvernement "agira sans merci pour lutter contre ces forces qui tentent de déstabiliser la région", a assuré le Premier ministre Hailemariam Dessalegn à la télévision.

Les Oromo "sont perçus comme une menace par le gouvernement en partie parce qu'ils sont de loin la plus large ethnie", estime Felix Horne et HRW craint "une très dangereuse escalade de la violence dans cette situation déjà explosive".

AFP

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