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Les Etats-Unis pressent leurs ressortissants de quitter le Burundi après les violences

Les Etats-Unis ont demandé dimanche à leurs ressortissants de quitter le Burundi, en proie aux pires violences depuis un coup d'Etat manqué en mai dans ce pays plongé dans une profonde crise politique.

Dans un communiqué, le département d'Etat a ordonné aux personnels américains non indispensables et à leurs familles de quitter le pays, recommandant également à tous les Américains "de ne pas se rendre au Burundi et à ceux qui s'y trouvent de partir aussi rapidement que possible". L'ambassade des Etats-Unis ne peut offrir "que des services d'urgence très limités à ses citoyens", avertit le texte.

Près de 90 personnes ont été tuées vendredi pendant et après des attaques coordonnées contre trois camps militaires au Burundi, selon un bilan de l'armée faisant état du décès de 79 "ennemis" et de 8 soldats et policiers.

Samedi matin, des habitants de la capitale Bujumbura avaient découvert au moins une quarantaine de corps dans les rues de quartiers réputés pour leur opposition au président Pierre Nkurunziza.

Dans plusieurs quartiers, les habitants ont accusé les forces de l'ordre d'avoir arrêté tous les jeunes qu'ils rencontraient et de les avoir exécutés délibérément, plusieurs heures après les attaques des camps.

Certaines victimes avaient les bras liés derrière le dos, d'autres avaient été tuées à bout portant, selon des témoins.

L'organisation américaine Human Rights Watch (HRW) a exigé dimanche une enquête "sérieuse et indépendante".

"Il s'agit de loin de l'incident le plus grave et qui a causé le plus grand nombre de victimes depuis le début de la crise" déclenchée fin avril par la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat, s'est alarmée dans un communiqué Carina Tertsakian, chercheuse en charge du Burundi à HRW.

-'Riposte disproportionnée'-

HRW demande qu'en raison de "la politisation et la corruption" qui gangrènent le système judiciaire burundais, des "experts" viennent "de l'extérieur pour assister" les enquêteurs burundais. La Belgique, ancienne puissance coloniale, a aussi réclamé "une enquête indépendante".

HRW dénonce le fait que la police et les autorités locales aient "enlevé les cadavres avant que des enquêtes puissent être menées". Des témoins ont dénoncé un bilan sous-estimé et une "rafle" de plus de 200 jeunes.

Les affrontements de vendredi sont les plus sanglants depuis un coup d'Etat manqué en mai contre la candidature controversée du président Nkurunziza qui a finalement obtenu un troisième mandat en juillet.

Depuis le début des troubles, des centaines de personnes ont été tuées et plus de 200.000 personnes ont quitté le pays, selon l'ONU.

Les violences, attribuées à la police, aux partisans du pouvoir ou à ses adversaires qui se sont armés, laissent craindre un retour de violences à grande échelle dans un pays à l'histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi et qui a subi une guerre civile entre 1993 et 2006.

Habitués à des violences quasi quotidiennes, les habitants ont cependant gardé le calme dimanche, et la vie à repris normalement dans la capitale.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui s'est réuni à huis clos vendredi à la demande de la France, a réclamé de "mettre fin au cycle de violences et de représailles". Dans un communiqué, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait auparavant condamné ces actes "susceptibles de déstabiliser davantage la situation au Burundi" et appelé au calme et au dialogue.

En novembre, l'Union européenne avait déjà décidé d'évacuer les familles et des personnels non essentiels de sa délégation au Burundi et la Belgique avait "conseillé" à ses ressortissants de partir.

Dimanche, le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a condamné "le recours à la violence (de vendredi), tant par les assaillants, que par les forces de sécurité dans leur riposte disproportionnée" et a appelé l'ONU et l'Union africaine à "prendre les mesures de protection de la population qui s'imposent".

Le 12 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution autorisant l'ONU à déployer éventuellement des Casques bleus.

Mais pour l'instant l'ONU n'envisage que de mettre en place une petite équipe autour de son émissaire au Burundi Jamal Benomar afin de promouvoir un dialogue politique.

AFP

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