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 Un homme devant une affiche du film. Crédit photo AFP
Un homme devant une affiche du film. Crédit photo AFP

Film démontant les clichés sur la sorcellerie, «Kinshasa Kids» arrive enfin au Congo

Le réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg raconte avec humour et talent le quotidien des enfants des rues, chassés de chez eux pour «sorcellerie».

«Boum boum tchaka!» L'image vient de disparaître sur le grand drap sale et froissé pendu au mur et près de 400 lycéennes en délire chantent et battent des mains pour prolonger la scène finale de «Kinshasa Kids», enfin visible dans la capitale congolaise plus de deux ans après sa sortie en Europe. Pour ces adolescentes, la projection vaut première expérience de quasi-cinéma dans une mégapole de quelque 10 millions d'habitants sans aucune salle obscure.

Salué par la critique, «Kinshasa Kids» n'a pas vraiment trouvé son public en Europe. «Tombé amoureux de Kinshasa», son réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg tenait à le montrer aux habitants de la capitale de la République démocratique du Congo au cours d'une tournée en guise de reconnaissance, mais aussi pour «faire réfléchir» sur le sort des enfants abandonnés qui peuplent ses rues. 

«Enfants de la rue»

La scène d'exorcisme qui ouvre le film provoque le dégoût de l'assistance à la vue du «prophète» d'une «Église du réveil» faisant mine d'extraire des viscères de corps d'adultes ou d'enfants présentés comme possédés.

«Kinshasa Kids» suit l'itinéraire de huit «shégués», des enfants contraints de vivre dans la rue après avoir fui la violence familiale ou avoir été chassés, souvent après des accusations de sorcellerie. Terrible, le film plonge dans une ville grouillante, pauvre et superstitieuse, et dans le quotidien misérable des plus de 20.000 «enfants de la rue» de Kinshasa.

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C'est aussi un hymne touchant et drôle à l'énergie exubérante et à la musique sous toutes ses formes qui font battre la ville, et aux innombrables actions de solidarité qui la traversent. Décidés à s'en sortir par la musique, les huit enfants - sept garçons et une fille recrutés dans la rue et qui jouent leur propre rôle - créent le groupe «Diable aza te» («Le Diable n'existe pas» en lingala) et projettent «un grand concert» qui leur fera «gagner un max d'argent».

Le sujet de la sorcellerie

Grâce à «Bebson de la Rue», extravagant musicien raggamuffin, la représentation finit par avoir lieu sur un toit. Passées les émotions des premières minutes, les jeunes spectatrices du lycée Molende de Matete (dans le sud de Kinshasa) oscillent entre rire et anxiété. Un grand silence se fait lorsqu'un invalide narre avec truculence les effets et la façon d'utiliser la poudre aphrodisiaque de son cru.

Mais quand Michaël, l'un des enfants, exécute fugacement le «moon walk» de Michael Jackson en ombre chinoise, avec en fond musical un piano et des percussions du «Sinner Man» de Nina Simone, c'est l'émeute une dizaine de minutes avant le bouquet final du concert. Et la lycéenne «obéissante», «studieuse» et «respectueuse» au visage fermé peinte sur un mur aux couleurs pastel croisée dans la cour de l'école catholique des soeurs servantes de Marie semble n'avoir été qu'un mirage.

On la retrouve après la séance: «Quand un enfant est sorcier, ce que ses parents doivent faire, c'est l'aider à changer. La manière dont agit [la mère qui chasse son enfant dans le film], je n'ai pas aimé ça», déclare Eurèle. Béatrice, elle, «a eu pitié des enfants qui sont rejetés dans la rue». 

La «belle énergie»

M. Wajnberg raconte être venu à Kinshasa pour «un documentaire sur la musique» mais avoir changé son projet après avoir été frappé par «cette ville incroyable [...] et ces enfants des rues».

Les gens du film «ont tous envie d'arriver à faire quelque chose, et c'est ça que j'ai voulu montrer: la belle énergie, comment les gens sont beaux dans la difficulté», dit-il, dénonçant au passage la "honte" que sont pour lui les pasteurs des Églises du réveil qui abusent de la crédulité des gens. Deux des enfants acteurs manquent à l'appel. Rachel Mwanza, la petite shégué à qui M. Wajnberg a offert son premier rôle, a obtenu l'ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin en 2012 pour son jeu dans «Rebelle», où elle incarne un enfant-soldat. Elle vit désormais au Canada.

Et il y a Michaël. «On me dit qu'il est aux États-Unis [...] et j'aimerais bien le croire», dit M. Wajnberg, reconnaissant ne pas «savoir la vérité». Présents et ovationnés, les six autres, âgés en moyenne de 17 ans (contre 12 au début du tournage) sont tous «réinsérés», ajoute le réalisateur, qui a fait «une affaire personnelle» du sort de ces enfants.

Gautier a «mal au coeur quand [il] repense à [sa] vie dans la rue». «Dieu soit loué, ce film a changé beaucoup de choses dans ma vie», ajoute l'adolescent, qui étudie la mécanique. Joël, l'auteur du rap shégué «Boum boum tchaka!» rêve «de devenir un jour acteur comme dans les films américains ou chinois». Emmanuel, lui, assiste M. Wajnberg pour son nouveau projet à Kinshasa, toujours sur les enfants de la rue.

Slate Afrique avec AFP

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