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Tanzanie: la campagne anticorruption du président Magufuli trouve écho auprès du public

Depuis son élection fin octobre, le nouveau président tanzanien John Magufuli s'est attaché à combattre la corruption et le gaspillage d'argent public avec une ardeur louée par nombre de ses concitoyens, les médias et même certains membres de l'opposition.

Candidat inattendu du Chama Cha Mapinduzi (CCM), ancien parti unique et au pouvoir depuis l'avènement du multipartisme en 1992, M. Magufuli avait axé sa campagne sur la lutte contre la corruption.

Il avait tenté de se distancier du bilan de son propre parti, affaibli par de nombreux scandales de corruption. Dès sa prise de fonctions, l'ancien ministre des Travaux publics, surnommé "le bulldozer" pour sa capacité de travail, a mis ses actes en accord avec ses promesses.

Dans son discours de politique générale devant le Parlement, il a affiché sa volonté de "mettre fin aux vices qui freinent la nation et l'empêchent de sortir des millions de citoyens d'une abjecte pauvreté", en évoquant la corruption, la mauvaise gestion et le gâchis des ressources publiques.

Et en à peine un mois, il a multiplié les initiatives d'austérité et contre la corruption, pour tenter de faire évoluer les mentalités.

Il a ainsi décidé l'annulation des festivités annuelles de l'Indépendance - d'habitude célébrée en grande pompe en décembre - afin d'économiser de l'argent et le consacrer à une campagne de nettoyage, pour lutter contre le choléra.

"Il est simplement honteux que nous dépensions tant d'argent pour célébrer 54 ans d'indépendance quand notre peuple meurt de choléra", une maladie qui a tué 150 personnes ces trois derniers mois en Tanzanie selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a-t-il déclaré.

Le président a également ordonné que le budget conséquent ordinairement alloué au dîner qui marque le début des travaux du Parlement soit diminué de 90%. L'argent économisé a été consacré à l'achat de lits d'hôpitaux et à des travaux sur la voie publique.

Il a également imposé la suspension des voyages à l'étranger non impératifs pour les responsables gouvernementaux, interdit l'achat de billets d'avion en classe affaires pour ses ministres, réclamé que les réunions gouvernementales aient lieu dans des bâtiments publics plutôt que dans de luxueux hôtels et réduit à quatre personnes, au lieu de 50, une délégation devant visiter des pays du Commonwealth.

- 'Un dirigeant pas africain' -

M. Magufuli s'est aussi rendu, à l'improviste, dans des ministères pour s'enquérir de la raison pour laquelle certains fonctionnaires n'étaient pas à leur poste de travail.

Ces mesures ne sont pas purement symboliques. Certains fonctionnaires ont été emprisonnés quelques heures pour être arrivés en retard à une réunion. Et le directeur de l'administration fiscale a été suspendu de ses fonctions, après que le Premier ministre Kassim Majaliwa eut mené une inspection surprise au port de Dar es Salaam, pour constater la disparition de conteneurs en provenance de l'étranger.

Ces décisions se sont révélées assez populaires. Elles ont été bien accueillies dans les rues et sur les réseaux sociaux. Sur Twitter a été créé le hashtag #WhatWouldMagufuliDo# (Que ferait Magufuli), à partir duquel les utilisateurs peuvent partager leurs idées, souvent pleines d'humour, pour faire des économies.

"Sur un continent où, en général, la corruption et le détournement de fonds publics sont une manière de vivre pour les dirigeants africains, les mesures d'austérité promptes et rigoureuses de M. Magufuli ont été considérées comme très impressionnantes", a écrit un chroniqueur du quotidien the Citizen.

"Pour résumer, il a fait ce que nombre de personnes pensaient impossible de la part d'un dirigeant africain", a-t-il ajouté.

Ecrivant dans l'hebdomadaire régional The East African, Charles Onyango-Obbo, rédacteur en chef du journal sud-africain Mail & Guardian, a estimé que M. Magufuli se révélait "être un dirigeant absolument pas africain".

Les pays voisins aussi regardent d'un oeil intéressé l'expérience tanzanienne. Chroniqueur du quotidien kényan Daily Nation, Larry Madowo a établi une comparaison entre M. Magufuli et son homologue kényan Uhuru Kenyatta, peu favorable à ce dernier.

"Avant même d'avoir été dans les murs de la présidence assez longtemps pour avoir besoin de changer les draps (...) M. Magufuli a fait plus de travail concret qu'Uhuru", en poste depuis 2013, a-t-il jugé.

Même certains adversaires politiques de M. Magufuli approuvent son action. L'ancien président du parti d'opposition Front civique uni (CUF), Ibrahim Lipumba, s'est ainsi rendu au palais présidentiel pour l'en féliciter.

AFP

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