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Quand les prisonniers de Tunisie s'évadent grâce au cinéma

Impatients, 200 détenus se pressent dans une salle de sport transformée en cinéma improvisé. Le célèbre festival de Carthage a décidé de tenir séance dans les prisons tunisiennes pour offrir un rare "moment d'évasion" aux prisonniers.

Loin des habituels tapis rouges, les organisateurs des Rencontres cinématographiques de Carthage (JCC) ont fait le pari d'emmener acteurs et cinéastes dans des prisons, à la rencontre d'un public différent, une initiative inédite en Tunisie.

"C'est un moment d'évasion pour les prisonniers, un moyen pour eux de sortir du quotidien, de se sentir libre en assistant à un évènement culturel, comme tout citoyen", explique à l'AFP Fatma Chérif, membre du comité artistique des JCC.

Au centre de détention de Borj Erroumi, dans le nord de la Tunisie, la projection a lieu dans une salle de sport habituellement réservée aux gardiens. Pour donner un air de fête à l'événement, les chaises en plastique sur lesquelles s'assoient les détenus-spectateurs ont été enveloppées de tissu blanc et bordeaux.

Au programme, un film égyptien présenté en compétition du festival: "Out of ordinary" (Hors de l'ordinaire). L'équipe du film dont la vedette du cinéma égyptien Khaled Abol Naga et des journalistes ont fait le déplacement.

Entrés par petits groupes, en mules, dans la salle, les détenus s'installent dans un joyeux brouhaha en voyant l'acteur.

Mais dès que la projection débute, le silence se fait total. Il durera une heure trente, jusqu'à la fin du film, sous l'½il bienveillant des gardiens.

Puis durant trente minutes, les prisonniers sont invités à donner leur avis à l'acteur principal, qui se montre attentif.

"Qu'avez-vous voulu dire à la fin du film?", l'interroge un détenu. "C'est l'histoire de la petite fille, Farida, qu'on retient en premier. C'est son nom qui devrait être d'abord cité au générique, pas le tien", argue un autre.

Néjib, 45 ans dont 23 passés derrière les barreaux, veut voir un "message" au travers de ce film, "celui du respect d'autrui, quelle que soient ses différences".

"J'aimerais que la société soit tolérante avec nous et ne nous considère pas que comme des criminels", fait-il valoir.

Interrogé par l'AFP, la vedette égyptienne Khaled Abol Naga, qui joue le rôle de Yahia --un médecin amené à enquêter sur des événements paranormaux--, se dit bluffé.

-'Se sentir libre'-

"Je suis ravi, c'est une expérience unique dans ma carrière, une opportunité de rencontrer et de parler avec un autre public, qui a une vision différente des choses", dit-il.

Moez, en prison depuis sept ans, espère que l'expérience se répètera. "Se sentir libre pendant un moment, ça remonte le moral!".

Un de ses co-détenus, Mohamed, se félicite d'être "sorti un moment de la routine". "Ca n'est pas si fréquent de bénéficier d'activités intellectuelles", note-t-il, avant de s'assombrir à nouveau: "Nous nous sommes évadés (avec cette projection), mais nous sommes toujours en prison".

Selon l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), la torture et les mauvais traitements persistent en Tunisie, notamment dans les centres de détention, malgré la transition démocratique.

Pour Imtiaz Blali, représentante de l'OMCT, la venue du festival de Carthage dans les murs de la prison a un effet bénéfique sur les détenus.

"Ce genre d'évènement permet de préparer leur réintégration dans la société, de leur faire sentir qu'ils ne sont pas isolés", souligne-t-elle.

Et de conclure: "ces prisonniers sont privés provisoirement de leur liberté mais cela ne veut pas dire qu'ils doivent être privés de leurs droits".

AFP

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