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A Kinshasa, un havre pour les personnes atteintes du VIH

"N'oubliez pas de donner votre numéro de téléphone et votre adresse!" Au centre hospitalier de Kabinda, à Kinshasa, une éducatrice en blouse verte insiste auprès d'une soixantaine de patients sur la nécessité d'être joignables afin de pouvoir suivre au mieux leur thérapie antisida.

Chaque jour, la salle d'attente de la section sida de cet hôpital public du nord de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d'une "sensibilisation" destinée à faire tomber quelques mythes entourant le VIH.

Car si la RDC, pays parmi les plus pauvres de la planète, présente un "taux de prévalence" du sida parmi les plus faibles du continent africain (1,2% de la population touchée), les autorités reconnaissent que la maladie, son mode de transmission et la façon de la soigner restent largement méconnus.

"Être infecté par le VIH, jusqu'à il n'y a pas très longtemps, c'était un tabou", explique Ilse Casteels, coordinatrice du "Projet sida" de l'ONG Médecins sans Frontières (MSF). "Il y a un gros effort qui est fait par le PNMLS" (Programme national multisectoriel de lutte contre le sida), dit-elle, mais il reste de gros "défis" à relever.

En moyenne, on dénombre 18.000 contaminations nouvelles chaque année, selon le Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida), qui recense 420.000 personnes vivant avec le VIH dans le pays, dont seules 35% ont accès aux traitements antirétroviraux.

Et sur ces dernières, le PNMLS estime à moins d'un tiers la proportion des séropositifs ayant pris leurs médicaments de manière continue sur toute l'année en 2014.

- Stigmatisation -

Pour lutter contre la maladie, il faut vaincre la stigmatisation. Souvent, les malades ont peur d'être rejetés, ils cachent leur statut sérologique, viennent consulter à reculons... jusqu'à donner une fausse adresse ou un faux numéro de téléphone.

Les efforts du corps médical se heurtent à "l'influence de croyances par rapport au sida, comme par exemple l'idée que c'est Dieu qui va sauver" les malades, dont certains vont alors considérer que "ce n'est plus la peine de se soigner", déplore Willy Tshimbombo, chef d'équipe des médecins de la section sida à Kabinda.

Dans l'hôpital, plusieurs conseillers se tiennent à la disposition des patients. "Notre travail, c'est d'aider les gens à accepter la maladie, à apprendre à vivre avec le VIH et à s'approprier le traitement", résume l'un d'eux, Roger Mbula.

Gérée par MSF, la section sida dispose d'un laboratoire doté d'équipements de pointe. Ouverte en 2002, la structure se vante d'avoir été la première à distribuer des antirétroviraux, dès l'année suivante. Depuis 2008, elle offre en plus de ses consultations un service d'hospitalisation, récemment agrandi.

Aujourd'hui, ses 75 employés accueillent chaque mois environ 2.100 patients en consultation et 120 à 150 en hospitalisation.

Plusieurs écriteaux rappellent que la prise en charge du VIH est "gratuite", alors qu'ailleurs, en général, cette disposition légale "reste un slogan", regrette le Dr Tshimbombo.

- 'Dernière minute' -

Soignée à Kabinda depuis 2002, Geneviève, qui se présente comme une "activiste engagée dans la sensibilisation", témoigne que l'hôpital est "le seul (de la capitale) qui prend en charge gratuitement le VIH". Ailleurs, il y a toujours une consultation, une fiche de soin, un acte à payer.

Dans un pays où l'immense majorité de la population se débat dans l'extrême pauvreté, cela signifie un problème d'accessibilité aux soins que ne cachent pas les autorités, contraintes par le manque de moyen.

Ces difficultés financières, Kabinda les connaît aussi. Si dans la structure d'hospitalisation les malades se voient offrir des conditions dignes, avec des lits espacés et une certaine intimité, Mme Casteels reconnaît que la "capacité d'accueil est un défi" - le nombre de séropositifs est estimé à 37.000 à Kinshasa.

Un autre souci est celui des patients qui développent des maladies liées à leur immunodéficience - généralement la tuberculose, mais aussi des troubles neurologiques, des pathologies digestives ou des anémies.

Trop souvent ils arrivent "à la dernière minute", dit le Dr Tshimbombo.

Dans le pavillon des tuberculeux, des infirmiers s'affairent autour de quelques corps décharnés gisant amorphes et perfusés sur des lits métalliques. "On sait qu'on va en perdre un certain nombre, mais on essaye de donner ce qu'on a", dit le médecin.

Selon MSF, le taux de mortalité dans la structure hospitalière est de 25%, mais tombe à 15% parmi les patients qui survivent aux deux premiers jours d'hospitalisation.

Gouailleuse, Geneviève, qui dit être arrivée grabataire en 2002, veut témoigner qu'"on peut vivre normalement avec le VIH". Elle qui a eu un enfant aujourd'hui âgé de sept ans, non contaminé, rêve d'un film qui raconterait son histoire. Elle en a déjà le titre: "Incroyable mais vrai".

AFP

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