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Tunisie: le sud-est du pays au ralenti après la fermeture de la frontière avec la Libye

Routes désertes et commerces en berne: le sud-est de la Tunisie vit au ralenti depuis que les autorités ont fermé la frontière avec la Libye voisine dans la foulée d'un attentat revendiqué par le groupe Etat islamique.

Car la région vit largement du commerce, en grande partie informel, avec la Libye. Et dans la ville de Ben Guerdane, près de Ras Jedir, le principal poste-frontière entre les deux pays, l'impact a été immédiat: le prix du litre d'essence de contrebande est monté en flèche. 

"Les 20 litres d'essence coûtaient mercredi 6,5 dinars (moins de 3 euros). Vendredi, 20 dinars (9 euros)!", tempête Néjib, un enseignant. "Les terroristes attaquent au centre de la capitale, à 200 mètres du ministère de l'Intérieur, et c'est nous qui payons la facture, à 600 km de là!", lance-t-il.

La Tunisie a décrété le 25 novembre la fermeture pendant 15 jours de sa frontière avec son voisin libyen, au lendemain d'un attentat en plein Tunis contre un bus de la sécurité présidentielle.

Douze agents sont morts dans cette attaque et les autorités ont de nouveau mis en garde contre le "danger" que représente la Libye, où le chaos a favorisé l'émergence de groupes jihadistes armés.

- "Rien ne passe" -

Depuis, l'active Ben Guerdane s'étiole. Vidée des véhicules qui traversaient régulièrement la frontière, la route de Ras Jedir est quasi déserte, à l'exception des barrages de la gendarmerie.

Dans les quelques heures séparant l'annonce de la fermeture des postes-frontières et son application, Ras Jedir "a connu une grande affluence des familles libyennes qui voulaient entrer en Tunisie", témoigne Ali Ouni, un responsable de l'office des travailleurs tunisiens à l'étranger.

Désormais, seuls les Tunisiens et les Libyens voulant regagner leur pays sont autorisés à passer. "Pour le reste, rien ne passe: ni marchandises ni cas urgents, pas même les ambulances", ajoute-t-il.

Le coup est dur pour cette région où, par le passé, la fermeture de la frontière en raison de différends entre les deux pays avait régulièrement entraîné des mouvements sociaux et des heurts.

Ces dernières années, l'instabilité en Libye et le renforcement de la frontière par la Tunisie avaient déjà commencé à peser sur l'économie. "40% des boutiques et hangars du souk et sur la route de Ras Jedir sont déjà fermés ou abandonnés à cause du manque de marchandises. On ferme de nouveau le poste et l'étau se resserre davantage", déplore Béchir, un activiste de la société civile.

- Incompréhension -

La fermeture de la frontière suscite aussi l'incompréhension.

"Nous sommes tous contre le terrorisme mais ce n'est pas une solution. Et après les 15 jours, qu'est-ce qu'on va faire?", demande Abdelfattah, qui fait de la contrebande d'électroménagers et de carburant.

Le secrétaire d'État chargé de la Sûreté nationale, Rafik Chelly, a indiqué que les autorités "réfléchissaient" à la suite, sans écarter le rétablissement d'une obligation de visa pour les Libyens qui en sont depuis longtemps exemptés.

"Ce serait la fin d'une époque et la mort lente de toute la région frontalière", assure Hassen, un habitant de Ben Guerdane.

L'inquiétude est aussi grande parmi les nombreux Tunisiens qui travaillent encore en Libye comme Brahim, qui sort du poste-frontière en traînant un grand sac. Craignant d'être coincé en Libye, le jeune homme est rentré avec hâte. 

"J'ai loué une voiture, je n'ai pas perçu mon salaire. On aurait quand même pu nous prévenir deux ou trois jours avant", déplore-t-il.

Azzouz, lui, est un Libyen dont la femme se fait soigner à Zarzis, en Tunisie. A court d'argent liquide, il a supplié les forces de sécurité tunisiennes de le laisser rentrer chez lui, à Zouara, pour apporter de l'argent et revenir sur-le-champ. Sans succès.

"+Si tu rentres chez toi, tu ne pourras revenir en Tunisie qu'après 15 jours+, m'a dit un policier", affirme-t-il à l'AFP. "Alors j'ai préféré rester. J'attends".

AFP

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