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Burkina Faso: Sankara, omniprésent lors de la campagne présidentielle

Trente ans après sa mort, Thomas Sankara, le "père de la révolution" burkinabè, également surnommé le "Che africain", est omniprésent dans la campagne électorale pour la présidentielle au Burkina Faso dont le premier tour se tient dimanche.

"Tous les candidats essaient d'emprunter la vague Thomas Sankara", estime Abdoulaye Soma, agrégé de droit et président de la Société burkinabè de droit constitutionnel. La présidentielle doit clore la "transition" ouverte à la chute de Blaise Compaoré, chassé par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir.

Ami et ancien compagnon de Sankara, Compaoré, qui lui avait succédé, a été soupçonné d'avoir commandité son assassinat en 1987. Si le marxisme ne fait plus guère recette sur la planète, le mythe du capitaine Sankara est lui bien vivace dans son pays dont il avait changé le nom pour le passer de Haute Volta, jugée trop coloniale, à Burkina Faso (pays des hommes intègres).

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1983, le capitaine Thomas Sankara a tenté de mener le pays sur la voie du développement économique, mettant notamment l'accent sur la consommation de produits locaux. Dirigeant le pays d'une main de fer, Sankara, qui vivait chichement roulant notamment dans une vieille voiture pour donner l'exemple, avait fait de la lutte contre la corruption un des ses chevaux de bataille.

Il est devenu une icône au Burkina mais aussi dans toute l'Afrique, probablement aussi en raison de son assassinat. Le candidat sankariste Bénéwendé Sankara (aucun lien de parenté avec le capitaine Sankara) en appelle évidemment au passé, mais la plupart des candidats n'hésitent pas à revendiquer aussi l'héritage du "père de la révolution". 

"Chacun veut récupérer les journées de l'Insurrection d'octobre et l'insurrection était largement imprégnée des idéaux sankaristes", résume M. Soma.

Les slogans sankaristes comme "La patrie ou la mort" ont fleuri sur les murs lors de l'insurrection d'octobre 2014  mais aussi lors du putsch manqué du 17 septembre dernier qui a vu le Régiment Sécurité Présidentielle (RSP), l'ancienne garde prétorienne de Compaoré tenté de mettre un terme à la Transition.  

- "Perdu la boussole" -

La Transition avait justement permis de relancer l'enquête judiciaire sur la mort du "Che africain" et parmi les premières inculpations annoncées il y a à peine un mois figurent des anciens membre du RSP.  La plupart des candidats ont pris des éléments sankaristes dans leurs programmes et discours, appelant à l'auto-suffisance, à favoriser l'agriculture ou à lutter contre la corruption. Des thèmes chers au "Père de la révolution"...

Un des deux grands favoris du scrutin Zéphirin Diabré, pourtant souvent perçu comme un adepte de l'économie libérale, a même lancé "Je veux terminer le travail que Sankara a commencé" lors de son dernier meeting de campagne, en appelant au  "Burkindi" de Sankara (lutte contre la corruption au Burkina).

M. Diabré s'était présenté au stade vêtu d'un pagne "Faso danfani", emblématique de l'époque de Thomas Sankara qui voulait que le pays consomme ce qu'il produisait.

Vendredi, lors de son dernier meeting, l'autre grand favori du scrutin Roch Marc Christian Kaboré a passé une partie de son discours à lui répondre: "Quand je regarde certains dans leurs meetings qui se trémoussent dans tous les sens, qui, tout en étant des chantres du libéralisme, ont le courage de s'arrêter devant le peuple burkinabè pour dire qu'ils vont terminer le travail de Sankara Thomas, il y a de quoi tomber à la renverse".

"Ces gens-là ont perdu la boussole", a-t-il insisté alors qu'il a été pendant de longues années un baron du régime Compaoré où le sujet Sankara était un tabou... 

"On met Sankara à toutes les sauces et il ne peut même pas se retourner dans sa tombe", souligne un observateur, rappelant que son corps a été exhumé cette année pour une autopsie qui a révélé qu'il avait été criblé de balles. 

AFP

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