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Tunisie: couvre-feu

A partir de 21H00, seule la police est visible dans le centre habituellement animé de Tunis, où le couvre-feu imposé depuis l'attentat suicide de mardi inquiète commerçants et patrons de bars.

Depuis trois nuits, la boutique de fruits secs de Rzouga, située non loin du lieu de l'attaque, n'accueille plus de clients noctambules. "Ça va peser lourd sur l'activité", grimace le commerçant, qui dit pourtant comprendre la décision des autorités. 

"Si le couvre-feu dure plus d'une semaine, je vais avoir du mal à payer" le loyer "qui coûte très cher", ajoute-t-il dans son petit magasin jouxtant l'avenue Habib Bourguiba, l'artère centrale de Tunis.

Rzouga n'est pas le seul à être affecté. Cafés, restaurants et bars du centre, d'ordinaire bondés et ouverts pour certains jusqu'au milieu de la nuit, ferment à partir de 19H00 pour permettre à leurs employés de rentrer chez eux.

Le couvre-feu a été imposé de 21H00 à 05H00 pour une durée indéterminée dans le Grand Tunis dans la foulée de l'attentat qui a tué 12 membres de la garde présidentielle et a été revendiqué par le groupe Etat islamique. Les autorités ont également réinstauré l'état d'urgence dans tout le pays pour 30 jours.

Le gouvernement a averti que s'il s'était montré souple le premier soir, ces mesures exceptionnelles seraient dorénavant "strictement" appliquées.

A Tunis, le dernier couvre-feu remontait à 2012.

- Pertes financières -

Fadhel, propriétaire d'un bar situé tout près des lieux de l'attentat, assure être "d'accord avec les mesures prises. Ce qui s'est passé est horrible et nous a beaucoup touchés".

Mais "ça fait deux jours que j'ai zéro centime dans ma caisse parce que c'est la nuit que mon bar se remplit. Ça commence vraiment à m'inquiéter parce que j'ai peur que le couvre-feu ne soit prolongé", avoue-t-il.

En quelques jours, ses pertes ont atteint près de 4.000 dinars (un peu moins de 2.000 euros). "C'est quand même beaucoup d'argent", lance-t-il, surtout avec "d'importants engagements financiers".

Issam, serveur dans un bar-restaurant, est payé à la nuit. "Alors quand je ne travaille pas, il n'y a pas d'argent et donc rien pour nourrir ma famille", dit-il tristement avant de maudire l'auteur de l'attentat.

"A cause d'un imbécile, de la marionnette d'un organisme terroriste, on doit subir les conséquences sans pouvoir rien faire !" lance-t-il.

Le kamikaze, qui a déclenché sa ceinture d'explosifs dans le bus de la garde présidentielle, a été identifié jeudi comme Houssam Abdelli, un vendeur ambulant de 26 ans habitant le quartier populaire de Daouar Hicher, dans la banlieue de Tunis.

Le couvre-feu est venu s'ajouter à une météo morose et pluvieuse, qui a déjà dégarni les terrasses des cafés de l'avenue Bourguiba dans la journée, au grand dam de leurs propriétaires.

"Nous coopérons et il s'agit d'une mesure dans l'intérêt du pays. Espérons juste que cela ne durera pas longtemps", lâche Farid, gérant d'un grand café sur l'avenue.

- Agacement -

Pour s'adapter, les Journées cinématographiques de Carthage (JCC), dont les principaux sites se trouvent à proximité du lieu de l'attentat, ont aménagé les horaires de leurs projections. 

Mais tout le monde n'est pas aussi compréhensif.

"Nous n'avons pas le choix ! Mais la vérité, c'est que le couvre-feu nous dérange. Nous devons être patients mais les autorités ne doivent pas exagérer !" s'exclame Jamel, un libraire.

Et sur les réseaux sociaux comme dans la rue, des Tunisiens s'agacent de cette atteinte à leur "liberté de circulation". Certains, bien que reconnaissant la possibilité d'autres attaques, questionnent le bien-fondé d'un couvre-feu nocturne alors que l'attentat s'est produit vers 17H00.

D'autres toutefois prennent la mesure avec humour. "Et c'est parti pour une nouvelle génération de bébés couvre-feu", s'est amusée sur son compte Twitter l'activiste Amira Yahyaoui.

AFP

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