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 Enterrement de l'Algérien Sahbi Kheireddine, tué dans les attentats du 13 novembre à Paris, le 26 novembre à Alger. Photo AFP
Enterrement de l'Algérien Sahbi Kheireddine, tué dans les attentats du 13 novembre à Paris, le 26 novembre à Alger. Photo AFP

Dans un cimetière d'Alger, les attentats de Paris réveillent de tristes souvenirs

En France, les Algériens forment la première communauté étrangère. L'onde de choc des attentats s'est donc propagée très vite sur l'autre rive de la Méditerranée

Dans un cimetière d'Alger, l'enterrement de Didine, musicien algérien tué dans les attentats de Paris, a réveillé jeudi le douloureux souvenir de la décennie de guerre civile avec ses cortèges funèbres. Kheireddine Sahbi, surnommé Didine, 29 ans, rentrait chez lui vendredi 13 novembre après une soirée avec des amis lorsqu'il a été tué dans les attaques revendiquées par les jihadistes de l'État islamique (EI). 

Cet expert de musique andalouse était arrivé dans la capitale française depuis un peu plus d'un an pour des études à la Sorbonne. Sa photo où il apparait en mise impeccable, bouc soigné et jouant du violon, a envahi dès les lendemain des attentats les réseaux sociaux.

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«On ne s'attendait pas à perdre Didine dans ces circonstances», confie à l'AFP son frère Rafik. «Je l'avais encouragé à partir à Paris. Il avait besoin de se perfectionner à l'étranger. On a vécu sa mort comme un choc, surtout mon père avec qui il avait une relation de complicité», ajoute-t-il. Dans sa prière, l'imam, à la fine barbe, vêtu d'un blouson et d'un pantalon en toile, évoque «le rendez-vous inévitable avec la mort qui nous rattrape toujours».

À l'ombre des souvenirs

«Cruelle ironie du sort», s'exclame Sofiane, un cadre commercial de 40 ans, rencontré au cimetière d'El Madania, où Didine a été enterré à l'ombre de grands pins, près du monument aux morts érigé en mémoire des victimes de la guerre d'Algérie. Didine «a survécu à une décennie de guerre terroriste (en Algérie) qui n'a épargné ni enfants, ni femmes ni vieillards et c'est à Paris que le terrorisme le rattrape!»

Sofiane se présente lui-même comme un «survivant» de cette guerre civile qui a fait 200.000 morts dans les années 1990 et qui se poursuit encore sous forme d'attentats visant les forces de sécurité.

Pendant cette période, les Algériens «se rencontraient dans les cimetières», se souvient Sofiane. «On se quittait en se demandant chaque fois qui seraient les prochaines victimes», ajoute-t-il en soulignant que même les cortèges funéraires étaient parfois attaqués «rajoutant l'horreur à la tragédie».

«Ne joue pas au héros»

«Ce qu'on a vécu ici c'était l'enfer», se souvient Rabah, un chauffeur de taxi. «On était dans une situation où le fils tuait le père et les frères s'entretuaient pour des raisons politiques et religieuses», ajoute-t-il. Visant d'abord les forces de l'ordre, les militants anti-islamistes et les fonctionnaires, les attentats ont au fil des mois pris des cibles de plus en plus large ne laissant personne à l'abri.

Le 13 novembre, quand jaillirent sur les écrans des télévisions et des smartphones les premières images des attentats de Paris, le cauchemar de ces années de sang a resurgi dans l'esprit des Algériens. En France, les Algériens forment la première communauté étrangère. L'onde de choc des attentats s'est donc propagée très vite sur l'autre rive de la Méditerranée.  La solidarité s'est instantanément manifestée même si elle est teintée d'une certaine amertume. Les Algériens ont affronté dans la solitude le terrorisme, rappelle jeudi le quotidien el Watan.

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«La compassion internationale a aidé les Parisiens, les Tunisiens, les Maliens et d'autres populations ciblée» mais «les populations dans le monde entier restèrent indifférentes au drame algérien», écrit son éditorialiste. Sur Twitter, un Algérien a créé un hashtag avec l'expression «état d'urgence» pour apprendre aux Français, sur un ton léger, à vivre sous ce régime d'exception que ses compatriotes ont connu de 1992 à 2011.

«Ne portez pas de manteaux trop grands, ça peut cacher des armes» ou encore «ne joue pas au héros, t'es pas dans un film américain, reste à la maison».

Slate Afrique avec AFP

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