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Tunisie: les appels se multiplient pour une réelle stratégie antiterroriste

Les appels à une stratégie globale contre le terrorisme se sont multipliés jeudi en Tunisie, où certains jugent "superficielles" les mesures annoncées dans la foulée de l'attentat suicide contre la garde présidentielle.

Ce débat se fait plus pressant après le troisième attentat d'envergure revendiqué depuis le début de l'année par le groupe Etat islamique (EI), qui a fait de la Tunisie une de ses principales cibles.

Un kamikaze a déclenché sa ceinture explosive mardi contre un bus transportant des membres de la sécurité présidentielle, dont 12 ont été tués, à proximité de l'une des principales artères de Tunis. Cette attaque fait suite à celles de Sousse et du musée du Bardo, qui ont fait 60 morts.

Les autorités ont dans la foulée annoncé une série de mesures: rétablissement de l'état d'urgence dans tout le pays, couvre-feu nocturne dans le Grand Tunis et fermeture pour 15 jours de la frontière avec la Libye, en proie au chaos.

Unanimes, partis politiques et société civile ont exhorté à "l'union nationale" et souligné la nécessité de "se ranger derrière les forces de l'ordre".

 - 'Union nationale' -

Mais les critiques et appels à une stratégie globale contre le terrorisme se sont également multipliés.

"Notre peuple attend davantage", a lancé l'élu de gauche Ahmed Seddik au Parlement en présence du Premier ministre.

Plusieurs autres députés, comme Abdellatif Mekki du parti islamiste Ennahda, la deuxième force politique, ont réclamé la tenue d'un congrès national sur la lutte antiterroriste, maintes fois évoqué mais jamais organisé.

Mercredi soir, le Conseil de sécurité nationale présidé par le chef de l'Etat Béji Caïd Essebsi avait annoncé la fermeture provisoire de la frontière avec la Libye, et le "renforcement de la surveillance sur les frontières maritimes et dans les aéroports".

Il a également été décidé de doter le ministère de l'Intérieur et l'armée de 6.000 agents supplémentaires au total en 2016, d'"intensifier les opérations de blocage des sites (internet) en lien avec le terrorisme" et d'"activer la loi antiterroriste le plus vite possible".

Cette dernière mesure est particulièrement critiquée car de nombreux Tunisiens s'interrogent sur sa signification alors qu'elle a été adoptée il y a plusieurs mois, en juillet.

- 'Manque de vision' -

Pour l'expert indépendant Selim Kharrat, il s'agit de "décisions superficielles prises pour rassurer une opinion publique apeurée, qui dénotent d'un manque de vision" et ont un air de "déjà-vu". "Quelle est la stratégie de fond? Quid de la réforme des appareils sécuritaires? Que prévoyez-vous de faire pour l'éducation et contre le chômage? Il n'y a pas de réponse", déplore-t-il.

Hamza Meddeb, chercheur non-résident au Carnegie Center, évoque un "paradoxe" tunisien.

Alors que plusieurs dizaines de policiers et de militaires ainsi que des touristes et des civils ont été tués depuis 2011, "une vraie stratégie nationale concertée contre le terrorisme, qui mobilise l'Etat, la société civile et les partis n'existe pas", souligne-t-il.

Face aux critiques, le chef du gouvernement Habib Essid a défendu jeudi les mesures prises devant les élus. "Nous avons parlé d'intensifier le blocage des sites. Nous en avons bien sûr bloqué par le passé", a-t-il précisé.

M. Essid a aussi assuré qu'un plan pour l'emploi des jeunes habitants dans les régions jouxtant les montagnes --où sont retranchés des jihadistes et où chômage et misère sont prégnants--, serait mis en oeuvre "à partir de la semaine prochaine".

La Tunisie fait face depuis sa révolution en 2011 à un essor de la mouvance jihadiste et des milliers de Tunisiens se trouvent en Irak, en Syrie et en Libye dans les rangs de groupes extrémistes. D'après elles, les auteurs des attaques du Bardo et de Sousse avaient été formés au maniement des armes en Libye.

Pour M. Meddeb, la Tunisie doit notamment élaborer "une politique étrangère équilibrée sur la Libye et ne pas se laisser enliser dans le conflit". Elle doit aussi développer la coopération entre armée et police pour centraliser le renseignement.

Le gouvernement a averti que l'état d'urgence et le couvre-feu seraient "strictement" appliqués, provoquant l'inquiétude d'ONG qui ont appelé au respect des libertés publiques. "Aujourd'hui, plus que jamais, les autorités tunisiennes ont la responsabilité de rester engagées en faveur d'une société respectant les droits et principes démocratiques", a affirmé Human Rights Watch (HRW).

AFP

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