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Mali: Bamako rend un ultime hommage aux employés de l'hôtel tués dans l'attentat

"Ne jamais pardonner à ceux qui ont fait ça", mais ne pas céder à la peur des jihadistes: à Bamako, une foule rend un dernier hommage aux cinq employés maliens de l'hôtel Radisson Blu tués, en présence du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Un millier de personnes assistent à cette cérémonie, tout près de l'hôtel, en ce mercredi, troisième et dernier jour de deuil national.

Les yeux cachés derrière des lunettes fumées, très ému, le président Keïta s'avance vers les corps recouverts d'un linceul: trois employés, dont une femme, et deux gardiens.

"Aujourd'hui, il n'y a pas de discours. Nous sommes là pour accepter la volonté de Dieu, qu'il les accepte dans son royaume", déclare-t-il en langue locale bambara.

Le 20 novembre, l'hôtel a été attaqué par des hommes armés qui y ont retenu environ 150 clients et employés pendant près de neuf heures. L'attaque, qui a fait 20 morts, outre les deux assaillants tués, a été revendiquée par plusieurs groupes jihadistes.

A l'est de la place où se déroule la cérémonie, la tribune des femmes. Assises, certaines pleurent. "J'ai le mari de ma s½ur parmi les trois employés de l'hôtel tués. Elle est désormais seule avec deux enfants", confie l'une d'elles.

Une autre, voilée, ferme ses deux mains et murmure, fataliste: "Dieu est grand ! C'est lui seul qui sait ce qu'il fait. Nos maris sont morts, nous ne pardonnerons jamais à ceux qui ont fait ça".

A côté d'elle, Oumou Sangaré, 18 ans, étudiante en hôtellerie emmitouflée dans un tissu de bazin, compte bien travailler dans ce secteur malgré le "drame", et "pourquoi pas au Radisson Blu".

Le dispositif de sécurité est impressionnant avec des militaires postés sur les étages environnants.

Accroupis au centre de la place, des dignitaires religieux récitent des versets du Coran pour le repos de l'âme des disparus.

- 'Vigile pour fuir le chômage' -

Dans la foule, quelques dizaines de vigiles de la société de sécurité de l'hôtel, ainsi que leurs collègues d'autres entreprises.

"Hommage à nos braves agents de sécurité", lit-on sur les tee-shirts de certains.

"Moi, j'étais de garde avec mes camarades ce jour-là. Lorsque les deux terroristes sont arrivés, ils ont ouvert d'abord le feu sur nous. Honnêtement, nous n'avons pas eu le temps de riposter", reconnaît Amadou Coulibaly.

"C'est un coup très bien préparé, parce que les terroristes ont eu des complices", affirme-t-il.

Deux vigiles d'une autre société se tiennent par la main en signe de solidarité. "Nous avons vraiment mal. Mais disons la vérité, au Mali, on devient vigile pour fuir le chômage. Nous ne sommes pas bien formés. Nous ne sommes pas bien payés. Avec ce qui est arrivé, il faut que ça change", souligne l'un d'eux.

Debout, habillé en noir en signe de deuil, le directeur des ressources humaines est très en colère: "Ces terroristes sont des lâches", s'emporte Sidi Fall. "Nous allons rouvrir rapidement l'hôtel pour leur dire que leur loi ne passera pas".

Sur un autre côté de la place, deux jeunes enfants sont assis, entourés d'adultes.

"Ce sont les enfants de deux des employés de l'hôtel. L'un des enfants ne parle plus depuis l'annonce de la mort de son père", explique Issa Togola, un membre de la famille.

Devant l'assistance, le propriétaire malien de l'établissement, Cesse Komé, s'engage à continuer à verser les salaires des trois employés "jusqu'à la maturité de leurs enfants".

Alors que les cercueils sont remis dans les corbillards pour raccompagner les morts vers leur dernière demeure, la cérémonie se poursuit avec une intervention d'un représentant des 234 employés.

"Nos frères qui sont morts restent pour nous des modèles. Nous poursuivrons le travail pour que le terrorisme ne remporte pas le combat", déclare Ousmane Koné.

Tous les cinq sont décorés à titre posthume par le président Keïta de l'Ordre national du Mali.

Une distinction également conférée par le chef de l'Etat lors d'une cérémonie distincte, aux trois clients chinois tués, des dirigeants de l'entreprise ferroviaire CRCC, chargée de la réhabilitation du chemin de fer Dakar-Bamako.

AFP

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