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Nigeria: chassés par Boko Haram, les déplacés du nord-est du pays rattrapés par la faim

Ils ont fui par centaines de milliers les effroyables exactions des insurgés islamistes de Boko Haram, pour certains depuis plusieurs années. Mais, s'ils ont trouvé un semblant de sécurité, les déplacés du nord-est du Nigeria sont désormais rattrapés par la faim et le dénuement le plus complet.

Environ 10% des quelque 2 millions de Nigérians déplacés par l'insurrection islamiste depuis 2009 ont trouvé refuge dans des camps, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L'aide humanitaire, notamment la nourriture, y est distribuée au compte-goutte. Mais plus inquiétante encore est la situation des 90% de déplacés qui ont trouvé refuge chez des proches ou des amis, selon les organisations humanitaires et les autorités locales.

"Leur principal problème, c'est la nourriture. Franchement, ils n'ont pas de quoi manger", explique Idris Mohammed, un responsable du quartier de Barakallahu dans la ville de Kaduna (centre) qui coordonne une aide humanitaire réduite à la portion congrue et qui se résume à la générosité des habitants de la ville.

"Le deuxième problème, c'est l'école pour les enfants, qui en ont été privés depuis deux ans", ajoute-t-il.

Hadiza Saleh, elle-même réfugiée chez des proches avec sa belle-fille et ses petits-enfants, résume le choix insoluble auquel sont confrontés nombre de déplacés: "Soit nous restons ici dans le dénuement, soit nous retournons chez nous et nous nous exposons aux balles de Boko Haram. Depuis presque deux ans que nous sommes ici, personne ne nous a distribué de la nourriture".

Hadiza Saleh et sa belle-fille Zainabu Ali ont fui le village d'Izghe, dans l'Etat de Borno (nord-est) où des membres de Boko Haram, déguisés en soldats de l'armée nigériane, avaient massacré 106 habitants en février 2014.

Mère de sept enfants, Zainabu Ali, 30 ans, fait désormais face à une autre menace: la faim. "Il faut je mange correctement pour que mon bébé ait assez de lait et j'ai peur qu'il souffre de malnutrition si mon état général ne s'améliore pas", explique la jeune femme.

"Je ne mange pas à ma faim: comment peut-il avoir assez de lait ? Je n'ai pas mangé depuis ce matin. Ça risque de se répercuter sur lui mais que puis-je faire ?", ajoute Zainabu, désignant son dernier-né Ibrahim, qu'elle berce dans ses bras.

- Malnutrition dans les camps -

En fuyant leurs villages, les déplacés de Boko Haram se sont coupés de leurs sources habituelles de subsistance et de revenus, agriculture pour les uns, petit commerce pour les autres.

Asabe Adamu, 48 ans, a perdu son mari et son fils aîné dans une attaque des insurgés contre sa ville de Gamboru, près de la frontière avec le Cameroun. Depuis un an, elle et ses huit enfants vivent de la charité à Kaduna.

"Nous n'avons pas les ressources financières pour vivre à Kaduna car ici, je n'ai rien à vendre pour venir en aide à mes enfants. Mais rentrer à la maison est impossible à cause de l'insécurité là-bas, où les Boko Haram rôdent toujours", explique la veuve.

Selon une source sécuritaire bien informée, les autorités de l'Etat de Kaduna ont renoncé à ouvrir des camps de déplacés pour des raisons de sécurité, accentuant les difficultés pour les organisations humanitaires à atteindre ces populations.

Mais la situation dans les camps n'a rien d'enviable non plus: selon l'ONG WomanBeing International, installée à Kano (nord), la malnutrition est déjà à l'½uvre dans des camps visités par l'organisation, qui a récemment publié les conclusions de ses visites de terrain dans un rapport consulté par l'AFP.

"Les symptômes de la malnutrition (...) sont présents chez plus de 60%" des 8.000 enfants vivant dans le camp de Dalori, qui abrite 20.000 personnes à Maiduguri, dans la capitale de l'Etat de Borno, berceau de Boko Haram régulièrement frappé par les attentats-suicides et raids meurtriers des insurgés.

Ces attaques n'épargnent pas les déplacés eux-mêmes. Jusque dans les camps, femmes et enfants sont parfois rattrapés par les violences qu'ils ont tenté de fuir. En septembre, une bombe artisanale a explosé dans un camp de la ville de Yola, capitale de l'Etat d'Adamawa, qui concentre de nombreux déplacés.

Dernier exemple en date: dimanche, une kamikaze s'est fondue parmi des déplacés en périphérie de Maiduguri et a tué sept personnes en actionnant ses explosifs. Ses victimes appartenaient à un groupe composé essentiellement de femmes et d'enfants qui venaient de Dikwa, à 90 km de là, pour trouver ce qui fait désormais défaut dans leur localité: de la nourriture.  

AFP

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