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Nigeria: la lutte contre Boko Haram minée par la corruption dans l'armée

La lutte contre les islamistes de Boko Haram a été minée par la corruption au sein même de l'armée nigériane, a regretté le président nigérian Muhammadu Buhari après avoir reçu un rapport d'une commission spéciale sur ce sujet.

Le président Buhari a ordonné que tous ceux impliqués dans des contrats frauduleux d'achats d'armes et d'équipement, qui représentent plusieurs milliards de dollars, "rendent des comptes", affirme un communiqué de la présidence publié dans la soirée mardi après la réception du rapport.

Le rapport "révèle plusieurs transactions financières illicites et frauduleuses", mettant notamment en cause le Bureau du conseiller à la Sécurité nationale, dont l'ancien titulaire Sambo Dasuki a déjà été inculpé de détention d'armes et blanchiment d'argent, ajoute le communiqué. 

Accusé d'avoir "conclu des contrats fictifs et fantômes" pour un total de 2 milliards de dollars pour l'acquisition de quatre avions de chasse Alpha Jet, douze hélicoptères et des explosifs et munitions, M. Dasuki a nié ces allégations, affirmant que ces contrats et paiements avaient été approuvés par l'ancien président Goodluck Jonathan.

"Tous les contrats et les paiements (ont eu lieu) avec l'approbation du président et commandant en chef des forces armées," Jonathan, s'est-il défendu mercredi dans un communiqué. Des allégations qui pourraient être lourdes de conséquences pour l'ancien président.

"Une fois que l'ancien président avait approuvé, l'ancien conseiller à la Sécurité nationale payait. Il y avait donc une procédure officielle pour tout achat, selon les règles régissant les achat d'armes pour les forces armées", a-t-il précisé. 

"Il n'y avait pas de place pour l'attribution de contrats fictifs. Les conclusions du rapport étaient des présomptions, sans fondement et sans rigueur," a ajouté M. Dasuki.

Homme-clé du régime de l'ex-président Jonathan battu par M. Buhari lors de la présidentielle fin mars, Sambo Dasuki, un ancien colonel âgé de 60 ans, avait servi comme conseiller à la sécurité de juin 2012 jusqu'à son limogeage mi-juillet par le nouveau président. 

Selon Muhammadu Buhari, "les révélations du rapport sont extrêmement inquiétantes compte tenu que ces malversations ont eu lieu à un moment où l'armée combattant l'insurrection dans le nord-est avait un besoin désespéré d'équipements et de munitions".

"Si les fonds siphonnés par ces entreprises douteuses avaient réellement été utilisés pour le but auquel ils étaient destinés, des milliers de vies innocentes de Nigérians auraient été épargnées", a-t-il assuré.

- 'prêt pour un procès' -

Général à la retraite et déjà président du Nigeria de décembre 1983 à août 1985, Muhammadu Buhari a pris ses fonctions en mai et s'est fixé comme priorité de mettre un terme d'ici la fin de l'année à l'insurrection de Boko Haram, qui a fait 17.000 morts depuis 2009.

Il avait institué au printemps une commission spéciale de 13 membres chargée d'enquêter sur les contrats d'achats militaires de 2007 à 2015, dont le rapport n'a pas été rendu public.

Selon le rapport de la commission cité par le communiqué présidentiel, 5,3 milliards de dollars avaient été alloués au Bureau du conseiller à la sécurité nationale et aux états-majors de la Défense, des armées de terre et de l'air et à celui de la marine.

"Il apparaît que malgré cet énorme effort financier, très peu a été dépensé pour les approvisionnements militaires", note le communiqué.

Sur les 513 contrats étudiés, 53 se sont révélés "frauduleux" et Sambo Dasuki, selon la présidence, a "conclu des contrats fictifs et fantômes" pour un total de 2 milliards de dollars. 

Les contrats "n'ont pas été exécutés, les équipements ne sont jamais parvenus à l'armée de l'air nigériane et ne figurent pas à son inventaire", poursuit-elle.

Selon la présidence, le rapport note que Sambo Dasuki avait également demandé à la Banque centrale du Nigeria de transférer 132 millions de dollars et près de 10 millions d'euros sur des comptes ouverts en Afrique de l'Ouest, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis "à des fins indéterminées, sans document d'explication sur les transactions". 

Sambo Dasuki a pour sa part indiqué qu'il était "surpris" et "embarrassé" par ces accusations alors qu'il n'a jamais été invité à se présenter devant la commission et que certains contrats avaient été conclus avant son mandat.

En défendant le bilan de son action, qui a coïncidé avec une vague de succès militaires contre Boko Haram depuis le début de l'année 2015, il a ajouté qu'il était "prêt pour un procès (portant) sur toutes ces allégations, afin de prouver aux Nigérians (qu'il) n'a rien fait d'inapproprié pendant mon mandat".

AFP

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