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Affaire Borrel: des scellés détruits par erreur par la justice

Des scellés "importants" ont été détruits par erreur dans l'enquête sur l'assassinat à Djibouti du magistrat français Bernard Borrel, énième revers dans une affaire qui reste non élucidée 20 ans après.

La garde des Sceaux Christiane Taubira a ordonné jeudi une enquête de l'Inspection générale des services judiciaires. La ministre de la Justice "prendra les décisions qui s'imposent au vu des conclusions de cette inspection", affirme le ministère dans un communiqué.

Ces scellés, "plusieurs dizaines d'objets" selon la famille du magistrat parmi lesquels un briquet, une montre, une sandale et des bidons d'essence retrouvés sur les lieux, ont été détruits en décembre 2014.

La destruction a été opérée à la suite d'une mention erronée dans le dossier, indiquant qu'une ordonnance de non-lieu a été rendue le 19 septembre 2003.

"Vu l'historique de l'affaire Borrel, l'acte de malveillance ne peut pas être exclu. Si c'est le cas, il s'agit d'un véritable sabotage", a estimé Laurent de Caunes, conseil des deux enfants du juge.

Il a été reçu avec la veuve du magistrat, Elisabeth Borrel, et ses enfants en fin de matinée par le président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Michel Hayat, et le procureur de la République, François Molins.

- 'Un désastre judiciaire' - 

Olivier Morice, avocat de la veuve du magistrat Elisabeth Borrel, a dénoncé de son côté "un désastre judiciaire qui compromet la suite de l'enquête". Il envisage de porter plainte contre X pour faux en écriture.

Magistrat détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie dénudé et carbonisé, en contrebas d'un ravin, à 80 km de Djibouti. 

L'enquête française, ouverte depuis 1997, a d'abord privilégié la thèse du suicide. Le juge, 39 ans, se serait aspergé d'essence, aurait allumé un briquet puis dévalé une pente à pic, le corps embrasé. Elle s'est depuis réorientée sur la piste d'un assassinat. 

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a demandé en septembre que de nouveaux actes soient effectués notamment l'analyse d'une sandale, d'une trace papillaire sur un briquet et du carburant utilisé pour l'immolation. 

"Certaines de ces expertises ne pourront plus être menées", a regretté Elisabeth Borrel qui tiendra une conférence de presse dans l'après-midi au cabinet de son avocat.

L'affaire Borrel a empoisonné pendant des années les relations entre Paris et son ex-colonie, où la France dispose d'une base militaire.

Vingt ans après, l'enquête piétine. Les dernières demandes de déclassification sont restées lettre morte et l'un des principaux suspects, Awalleh Guelleh, à l'encontre duquel un mandat d'arrêt a été délivré en 2006, est peut-être décédé.

"Certains magistrats continuent à soutenir que mon mari a pu tomber sur de petits malfrats", a déploré la veuve du juge.

Elle reste persuadée qu'il s'agit d'"un crime d'État qui pourrait impliquer l'actuel président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh", alors chef de cabinet de son prédécesseur Hassan Gouled Aptidon.

Elle s'appuie notamment sur le témoignage de Mohamed Saleh Alhoumekani, lieutenant de la garde présidentielle djiboutienne. L'homme a affirmé avoir entendu cinq hommes rendre compte de la mort du "juge fouineur" à Ismaël Omar Guelleh.

"Il devient impératif que nos demandes de déclassification soient entendues", a souligné Elisabeth Borrel. "Il faut aussi qu'on s'attache à faire parler les ADN recueillis et à en prélever d'autres", notamment pour identifier une empreinte génétique inconnue retrouvée sur le short de Bernard Borrel en 2006, a-t-elle ajouté. 

AFP

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