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Migrants: des rêves et des barques se brisent en Libye

Lorsque Rachid, un Marocain de 25 ans, a déboursé 1.500 dollars pour réaliser son rêve de rejoindre l'Europe, il était loin de se douter qu'il finirait dans un centre de rétention en Libye.

Rachid a été arrêté quelques heures avant de tenter la grande traversée de la Méditerranée lors d'une descente de police à Garaboulli, une ville côtière à 60 km à l'est de Tripoli. 

Il a été conduit avec des centaines d'autres migrants dans un centre de rétention de Tripoli, sans argent ni téléphone ni passeport, confisqués par les passeurs.

Le sort incertain des dizaines de milliers de migrants irréguliers comme Rachid sera au centre des débats du sommet qui se tient mercredi et jeudi à La Valette avec des dirigeants européens et africains.

Le jeune Marocain était arrivé en Libye depuis la Tunisie, avant d'être emmené par des passeurs dans une maison où il a passé une semaine. "Je leur ai payé 2.000 dinars libyens. Avec des centaines d'autres migrants, nous dormions par terre et n'avions rien à manger".

Portant une djellaba grise et des savates aux couleurs dépareillées, Rachid raconte qu'il a hésité à embarquer: "sur son smartphone, le passeur nous a montré la photo du bateau qu'on allait prendre et je voyais bien qu'il était tout petit".

Rachid demande alors de récupérer son argent, mais le passeur refuse. "J'ai eu peur de tout perdre et je me suis quand même décidé à partir", explique le jeune Marocain. "Mais la nuit où nous devions partir, nous avons été arrêtés". Lui qui rêvait d'une nouvelle vie en Europe, le voilà coincé dans un pays livré au chaos, divisé entre deux pouvoirs rivaux et où l'insécurité est totale.

Arrêté en même temps que lui, Ayoub, un Marocain de 30 ans père de quatre enfants, semble résigné. "Soit j'arrive en Italie où une digne vie est envisageable, soit je meurs. C'est entre les mains de Dieu", dit-il.

- Aux mains des passeurs -

Ils sont quelque 5.000 comme Rachid et Ayoub à attendre dans les centres de rétention éparpillés à Tripoli et ses alentours. Ils viennent de pays déchirés par les guerres comme la Syrie et l'Irak, mais aussi d'Afrique, certains d'entre eux ayant parcouru des milliers de kilomètres pour atteindre les plages tripolitaines.

"Ils quittent leurs pays en Afrique pour le Soudan, d'où ils rejoignent d'abord Sebha, ville libyenne située à 800 km au sud de Tripoli, puis la côte", explique le capitaine Oussama Mohamad el-Chibli, un enquêteur de l'Organisme de lutte contre l'immigration clandestine (OLCIC), dépendant des autorités de Tripoli.

"Sur la côte, les migrants sont rassemblés dans des lieux discrets avant de monter par groupes sur des bateaux", dit-il. Les passeurs sont souvent armés de pistolets ou de kalachnikovs et n'hésitent pas à ouvrir le feu, notamment sur les forces de l'ordre.

Le lieutenant Abdelnasser Hazzam, un autre responsable de l'OLCIC à Tripoli, précise que ces passeurs, Libyens pour certains, font partie de "réseaux sophistiqués" qui gagnent des sommes astronomiques de ce commerce illégal. Car le coût du voyage peut atteindre "environ 7.000 dollars" depuis le pays de départ du migrant, assure-t-il.

- 'Peu de moyens' -

Les bateaux ne quittent les côtes libyennes que s'ils sont pleins à ras bord, souvent transportant le double ou le triple de la capacité de l'embarcation. Les passeurs empochent environ un million de dollars quand ils font partir 400 clandestins, selon les estimations.

Face à eux, les moyens des autorités installées à Tripoli paraissent dérisoires. D'autant que n'étant pas reconnues par la communauté internationale, elles ne peuvent compter sur la coopération internationale et l'OLCIC souffre d'un manque criant de moyens. 

"Nous travaillons avec cinq voitures", explique M. Chibli, et un minibus de 24 places pour transporter des dizaines de migrants du lieu de leur arrestation aux centres de détention. Il y avait une ambulance mais elle est aujourd'hui en panne après avoir été touchée par des coups de feu.

L'OLCIC est encore plus mal loti en mer avec seulement deux petites vedettes pour patrouiller les côtes et, si besoin, secourir des migrants en mer ou récupérer leurs cadavres.

"Ce n'est qu'avec l'aide de Dieu que nous sauvons des vies", résume Mabrouk Salem el-Tarhuni, l'un des garde-côtes sur le port de Tripoli.

AFP

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