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Burundi: deux morts lors d'un raid policier, réunion du Conseil de sécurité

Au moins deux personnes ont été tuées et un policier blessé lundi lors d'une opération de police dans un quartier contestataire de Bujumbura, à quelques heures d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de Burundi.

A la demande de Paris, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit à New York pour écouter notamment le Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, les informer sur "la détérioration rapide de la situation au Burundi".

La communauté internationale craint des violences à grande échelle, certains durs du pouvoir ayant récemment multiplié les propos incendiaires aux connotations ethniques, dans un pays à l'histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi et sorti il y a moins de dix ans d'une longue guerre civile ayant opposé entre 1993 et 2006 des rébellions hutu à l'armée alors dominée par la minorité tutsi.

Une inquiétude renforcée par l'expiration samedi soir d'un ultimatum très ferme lancé aux opposants à son 3e mandat par le président Pierre Nkurunziza, semblant décidé à en finir avec plus de six mois de contestation.

Tout en promettant l'amnistie à ceux qui "déposeraient les armes" avant samedi soir, M. Nkurunziza a averti qu'ensuite la police - qui a déjà brutalement, parfois à balles réelles, mis fin à la mi-juin à six semaines de manifestations - serait autorisée à user "de tous les moyens" pour désarmer les quartiers contestataires.

Dimanche matin, les autorités burundaises ont donc lancé une vaste opération de recherche d'armes dans un premier quartier contestataire, Mutakura, dans le nord de Bujumbura. Celle-ci s'est poursuivie lundi, étendue au quartiers voisins de Cibitoke et Ngagara.

- Vieux démons -

Lundi matin, à Musaga, quartier sud de Bujumbura qui fut un des hauts-lieux des manifestations déclenchées fin avril à l'annonce de la candidature de M. Nkurunziza à un 3e mandat, "des criminels armés" ont, selon un gradé de la police ayant requis l'anonymat, lancé une grenade sur une patrouille de police qui a répliqué. Un policier a été blessé par cette grenade, a ajouté ce responsable.

"Deux personnes, dont un étudiant qui sortait de sa maison, ont été tuées par ces policiers qui tiraient dans tous les sens", a de son côté raconté un témoin sous couvert d'anonymat, une version confirmée par deux autres habitants du quartier.

A Mutakura, "la nuit a été très calme", a assuré lundi un habitant à l'AFP, "mais nous qui sommes restés sur place avons peur car le quartier est totalement vide". Après plusieurs heures de fouille dimanche, la police a présenté à la presse une dizaine d'armes et quelque grenades.

La présidence avait tenté samedi de rassurer communauté internationale, observateurs et habitants des quartiers contestataires, nombreux à avoir fui leur domicile avant l'expiration de l'ultimatum.

"Il n'y aura pas de guerre ni de génocide" au Burundi, a affirmé samedi Willy Nyamitwe, influent conseiller de M. Nkurunziza, "on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons".

L'International Crisis Group (ICG) avait averti vendredi que le Burundi faisait "à nouveau face à de possibles atrocités à grande échelle et une possible guerre civile", dénonçant les propos du président du Sénat, "dénués d'ambiguïté" et "semblable à en donner froid dans le dos" à la rhétorique utilisée en 1994 durant le génocide des tutsi au Rwanda voisin.

Paris et Washington ont eux aussi dénoncé la rhétorique du camp présidentiel, tandis que le secrétaire général de l'ONU s'est insurgé contre "l'impunité généralisée" au Burundi.

La candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat a plongé depuis fin avril le Burundi dans une grave crise ayant fait au moins 200 morts et poussé quelque 200.000 personnes à trouver refuge dans les pays voisins, selon l'ONU.

L'opposition, la société civile et jusqu'à une partie de son propre camp estiment que la Constitution et l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile interdisaient à M. Nkurunziza de se représenter.

La mise en échec d'un coup d'Etat militaire à la mi-mai, la répression des manifestations et la réélection en juillet de M. Nkurunziza, lors d'un scrutin controversé, n'ont pas empêché l'intensification des violences, désormais armées.

AFP

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