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Au Ghana, pêcheurs et fermiers craignent l'essor du pétrole et du gaz

Pour les autorités ghanéennes, l'exploitation du pétrole et du gaz dans l'ouest du pays est l'une des priorités pour réduire sa dépendance énergétique, mais la population locale dénonce des dégâts fatals dans cette région agricole.

En inaugurant une usine de production de gaz à Atuabo l'année dernière, le président ghanéen John Dramani Mahama saluait un pas encore plus important pour le pays que la découverte du pétrole. Pour M. Mahama, cette usine de 500 mégawatts dans la ville côtière et la prospection de pétrole dans les eaux du golfe de Guinée pourraient transformer le secteur énergétique du Ghana.

Mais la population de cette région, qui vit principalement de la pêche et de l'agriculture, s'inquiète de la menace qui pèse désormais sur son mode de vie ancestral.

"La nuit, on ne peut pas dormir à cause de l'usine", explique John Boadu Nredah, un habitant du village Asem Nda. "Il fait plus chaud, les cocotiers et les plantes s'assèchent", raconte-t-il, en affirmant qu'on ne sent plus les effets bénéfiques de la brise côtière qui autrefois rafraîchissait l'atmosphère.

Dans leurs barques aux couleurs de clubs anglais de football, les pêcheurs se plaignent eux de la zone d'exclusion de 500 mètres autour des puits de pétrole.

"L'exploration du pétrole a créé beaucoup de difficultés dans les zones côtières", explique Dominic Essuah, un pêcheur d'Ankobra, à 47 km d'Atuabo. "Les poissons ont commencé à mourir quand les puits ont ouvert (...) dans la région, on ne prend plus autant de poissons qu'avant", assure-t-il.

- Coupures de courant -

La production commerciale de pétrole au Ghana a débuté fin 2010 avec le champ sous-marin de Jubilee, exploité par la compagnie anglo-irlandaise Tullow Oil à 80 km au large des côtes occidentales, près de la Côte d'Ivoire.

Le pays produit actuellement 100.000 barils par jour mais espère franchir le seuil des 250.000 b/j d'ici 2021, alors que d'autres sites que celui de Jubilee commencent à être exploités eux aussi.

A titre de comparaison, le Nigeria, premier producteur africain de brut, produit 1,8 million de barils par jour, selon l'Opep.

Au Ghana, malgré des réserves en pétrole et gaz inférieures à celles du géant régional, le secteur est considéré comme un outil de croissance économique pour le pays, où les exportations d'or et de cacao dominent pour l'instant.

Le gouvernement ghanéen souhaite développer considérablement la production de pétrole au cours des trois prochaines années.

Objectif à terme: briser la dépendance du pays envers le Nigeria et en finir avec les coupures de courant, qui peuvent durer toute une journée.

Preuve de la nécessité de réduire cette dépendance, le Ghana contracte une dette de 169 millions de dollars (150 millions d'euros) envers le Nigeria et Lagos a menacé le mois dernier menacé de couper ses approvisionnements en pétrole et en gaz.

Le président Mahama, qui devrait briguer un nouveau mandat l'année prochaine, a promis de régler ce problème de coupures de courant qui, selon lui, trouve son origine dans le fait que la demande excède de 10% l'offre. L'usine d'Atuabo, ouverte depuis décembre 2014, est censée faire partie de la solution.

Le Ghana ne veut répéter les erreurs du Nigeria, où le secteur pétrolier a généré une corruption généralisée, des violences et des dégâts écologiques importants.

Pourtant, les plaintes de la population côtière rappellent la situation nigériane.

Le pêcheur Francis Ackah dénonce ainsi l'augmentation des algues puantes dans ses filets - même si aucun lien n'a été établi avec l'exploration pétrolière - et le fait que l'argent manque pour payer de nouveaux filets. En outre, le stock de poissons est apparemment en baisse.

- Compensations -

Un problème de taille dans cette région côtière qui vit de la pêche et n'a pas d'industrie alternative, et où les taux de chômage et d'illettrisme sont élevés.

Pour créer dans la région de nouveaux emplois, dans le secteur énergétique, le gouvernement propose de construire un port franc.

Mais certains doutent de l'impact réel d'une telle mesure pour la population locale: selon eux, des travailleurs locaux qui avaient pourtant la qualification requise ont d'ores et déjà été écartés de postes au profit d'employés venus d'Accra, la capitale.

Daniel Eshun, un responsable du district d'Ellembelle (ouest), souligne que le gouvernement assure des formations mais celles-ci ne suffisent pas: il appelle les compagnies pétrolières à augmenter leurs financements. "Cela nous aidera tous, créera des emplois dans la région, et par extension, dans le pays entier", plaide-t-il.

De nombreux Ghanéens jugent positivement le développement de l'industrie gazière et pétrolière à condition que les communautés locales en bénéficient et qu'elles soient correctement indemnisées pour leur perte de revenus.

"Nous appelons les autorités à s'assurer que nous, les gens de la côte, recevons un pourcentage de leurs bénéfices pour compenser nos pertes", lance Dominic Essuah, le pêcheur d'Ankobra.

AFP

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