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Afrique du Sud: "Madame anti-corruption" cultive l'optimisme malgré les revers

La médiatrice chargée de la lutte anti-corruption en Afrique du Sud est optimiste, un tempérament probablement indispensable à ce poste: Thuli Madonsela espère toujours, confie-t-elle à l'AFP, que le président Jacob Zuma remboursera l'argent public utilisé pour rénover sa résidence privée.

Le scandale, qui empoisonne la vie politique, est devenu le symbole des dérives du pouvoir post-apartheid. Thuli Madonsela, elle, est devenue l'héroïne des valeurs de la jeune démocratie sud-africaine fondée par Nelson Mandela.

En mars 2014, elle accuse Jacob Zuma d'avoir fait rénover, aux frais du contribuable, pour un montant de 16 millions d'euros, sa résidence privée dans son village natal de Nkandla (est), sous couvert de travaux de sécurité.

Dans le collimateur: une piscine, un amphithéâtre, un enclos à bétail, un poulailler et une maison d'hôtes. Elle somme le président de "rembourser un pourcentage raisonnable des coûts".

Plus d'une année a passé et Jacob Zuma n'a pas remboursé un seul rand.

Mais la médiatrice chargée du bon usage des deniers publics (ou "Public Protector) n'a pas perdu espoir.

Jacob Zuma "peut toujours changer et décider, en dépit des conseils qu'il a reçus, de faire la chose qui s'impose", affirme cette forte tête, courtoise, à la voix fluette. "Cette opportunité existe toujours", dit-elle à l'AFP.

Pugnace, elle s'est associée à une plainte du parti radical de gauche des Combattants pour la liberté économique (EFF) auprès de la Cour constitutionnelle pour contraindre le président à rendre les deniers publics. L'affaire sera étudiée en 2016.

Son rapport sur le "Nkandlagate" a apporté à la médiatrice une reconnaissance internationale.

En 2014, le magazine américain Time l'a placée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde. Les murs de son bureau spacieux à Pretoria ne sont pas assez grands pour accrocher tous ses diplômes et reconnaissances: plusieurs de ses prix sont posés à même le sol moquetté.

- Lanceurs d'alerte -

Sans surprise, son rapport lui a aussi valu une volée de critiques de la part des partisans de Jacob Zuma. Une contre-enquête de la part du ministre de la Police, Nathi Nhelko, a exonéré le président en mai. 

"Bien sûr, la réaction au rapport fut un revers", concède Thuli Madonsela, qui fut, au plus fort de la controverse "Nkandlagate", accusée d'être une espionne de la CIA par un membre du gouvernement.

Elevée dans le tentaculaire township de Soweto, en banlieue de Johannesburg, cette mère de famille de 53 ans est issue d'un milieu modeste: sa mère travaillait comme femme de ménage et son père comme chauffeur de taxi. 

Elle devient pourtant avocate spécialisée dans le droit constitutionnel, et à ce titre participe à la rédaction de la nouvelle constitution sud-africaine - très progressiste - à la fin de l'apartheid, le régime ségrégationniste officiellement abolie en 1994.

Depuis sa nomination par Jacob Zuma en 2009 au poste de "Public Protector", Thuli Madonsela instruit les plaintes de citoyens contre l'Etat: malversations, abus de biens sociaux, corruption, violations des droits de l'Homme.

Les scandales font partie de son quotidien, des appels d'offres dans les transports en passant par des contrats d'armement et des bavures policières.

Elle n'a pas de pouvoir de sanction mais dispose d'un large pouvoir d'enquête sur l'administration publique, pour deux ans encore, puisque son mandat expire en octobre 2017.

"On a un gros problème de corruption" en Afrique du Sud, reconnaît-elle. Mais le travail "est souvent difficile parce que les agences d'Etat nous donnent de mauvaises informations. Heureusement nous avons nos propres sources qui nous rendent la vie plus facile", explique-t-elle. 

"La clé pour les enquêtes, ce sont les lanceurs d'alertes", ajoute-t-elle.

En dépit des obstacles rencontrés, Thuli Madonsela reste optimiste. "Dans d'autres pays, c'est un sujet tabou de demander le montant dépensé pour la maison du président", fait-elle remarquer.

L'enquête de Nkandla, selon elle,  prouve que l'Afrique du Sud a "une constitution et une démocratie fortes où le droit s'applique à tous, qu'on soit femme de ménage ou président".

AFP

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