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Egypte - Lettre de prison d'un blogueur de la révolution

Arrêté le 30 octobre dernier au Caire, la capitale égyptienne, pour incitation à la violence contre l’armée, le blogueur égyptien Alaa Abdel Fattah raconte à travers une lettre publiée dans différents médias internationaux ses conditions de détention. Le jeune homme de 29 ans a été arrêté à la suite de la manifestation du 9 octobre dernier violemment réprimée qui a fait 28 morts. Son emprisonnement a été décriée par un grand nombre de Cairotes, qui n'ont pas tardé à réclamer sa libération. Selon le quotidien britannique The Guardian, l'association Amnesty International aurait également condamné l'incarcération du jeune homme et accusé l'armée égyptienne d'être à l'origine du massacre du 9 octobre.

Figure emblématique de l'opposition à Hosni Moubarak, Alaa Abdel Fattah est l'un des blogueurs et activistes les plus connus de la révolution égyptienne. Huit mois après la chute de l'ex-président Moubarak, il confie dans sa lettre:

«Jamais je n'aurais cru revivre mon expérience d'il y a cinq ans. Après la révolution qui a eu raison du tyran… retourner à ses geôles?»

Déjà incarcéré en 2006 sous l'ère Moubarak, Alaa Abdel Fattah raconte qu'il a passé ses deux premiers jours de détention à écouter les histoires de détenus confrontés à la violence des policiers et militaires, torturés, humiliés, comme si rien n'avait changé en Egypte depuis le 11 février dernier.

Dans sa lettre, rédigée le 1er novembre au terme de son troisième jour de détention, il explique qu'il partage avec huit autres co-détenus une cellule de 2 mètres sur 4 dont les murs sont recouverts d'inscriptions d'anciens détenus. Ils ont pu y lire le repenti d'un jeune homme dont ils découvrent un peu plus loin sur un coin du mur, sa date d'éxécution.

«Je te le jure devant Dieu, soit cette révolution rend justice aux opprimés, soit elle échoue», laisse éclater un des co-détenus.

Cette lettre, publiée en arabe dans le quotidien égyptien al-Shorouk, intensifie un peu plus la colère des manifestants égyptiens qui ne voient pas de véritable changement depuis la chute de Moubarak et n'entendent pas se faire voler leur révolution.

Jeudi 3 novembre, la Cour militaire d'Egypte a refusé la demande de libération formulée par Alaa Abdel Fatah et trente autres personnes arrêtées le 9 octobre dernier. Alaa Abdel Fatah devra donc effectuer les quinze jours de détention dont il a été condamné.

Lu sur Libération, The Guardian, Al-Shorouk

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