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Congo : l'opposition fait machine arrière, annule ses marches de contestation

L'opposition congolaise a fait machine arrière à Brazzaville en annulant les marches auxquelles elle avait appelé dans tout le pays vendredi pour contester les résultats du référendum constitutionnel permettant au président Denis Sassou Nguesso de se représenter en 2016.

Ses dirigeants n'ont pas donné d'autre explication que la nécessité à leurs yeux de "pleurer" d'abord les personnes tuées le 20 octobre dans la répression de manifestations contre le référendum de dimanche à Brazzaville et à Pointe-Noire (sud), la capitale économique du pays.

"Il n'y aura pas de marche, la journée d'aujourd'hui est consacrée au recueillement", a déclaré à l'AFP Paul-Marie Mpouélé, coordonnateur du Frocad, l'une des deux coalitions d'opposition ayant appelé mercredi "le peuple congolais épris de liberté" à descendre dans la rue ce vendredi.

A la mi-journée environ 300 personnes - militants et cadres de l'opposition vêtus de noir - ont participé à Brazzaville à un hommage aux victimes du 20 octobre (quatre morts selon les autorités, une vingtaine selon le Frocad).

Ces violences ont ravivé dans l'opinion le spectre des épisodes de guerre civile ayant déchiré le Congo entre 1993 à 2003, alors que les autorités présentent M. Sassou Nguesso comme le garant de la paix et de la démocratie dans le pays, et l'opposition comme un facteur de désordre.

A Pointe-Noire, des responsables de l'opposition ont indiqué à l'AFP que la tenue d'une marche de contestation y avait été jugée "inopportune".

"On ne peut pas pleurer et faire la révolution", a déclaré pour sa part Guy-Romain Kinfoussia, porte-parole du Frocad (Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique).

"C'est une journée de deuil, de recueillement, mais les autres jours qui viendront nous saurons ce que nous avons à faire", a-t-il ajouté sans plus de précisions.

Mercredi, le Frocad et l'Initiative pour la démocratie au Congo (IDC) avaient appelé ensemble à "une marche patriotique et pacifique" nationale vendredi pour contester les résultats du référendum et "barrer la route à l'escroquerie et à la dictature".

Les deux plateformes d'opposition exhortaient également à la "désobéissance civile" avec des "journées villes mortes" tous les lundis, jeudis et vendredis à partir du 2 novembre "jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel".

- 'Processus vicié' -

L'IDC et le Frocad, qui avaient appelé à boycotter le référendum, n'ont pas encore fait la preuve de leur capacité à lever massivement la population contre le pouvoir. On ignorait vendredi après-midi la suite que les deux coalitions entendaient donner à leur action.

Les autorités ont annoncé mardi que le projet de nouvelle constitution avait été adopté à 92,26% à l'issue du référendum marqué officiellement par un taux de participation de 72,44%.

Pour la France, ancienne puissance coloniale au Congo, les conditions d'organisation du vote "ne permettent pas d'en apprécier le résultat, notamment en terme de participation".

Les États-Unis ont déclaré mercredi "être déçus par le processus profondément vicié ayant a culminé avec le récent référendum sur une nouvelle constitution" au Congo.

La campagne référendaire a été marquée par l'interdiction des rassemblements publics, l'assignation à résidence de certains dirigeants d'opposition et la coupure de l'internet mobile, des services de minimessages SMS ainsi que du signal en FM de la radio française RFI, une des stations les plus écoutées du pays.

Le projet de nouvelle constitution, qui doit désormais être promulgué, fait sauter les deux verrous interdisant au président de briguer un troisième mandat en 2016 : la limite d'âge et celle du nombre des mandats.

Né en 1943, M. Sassou Nguesso cumule 31 ans à la tête du Congo, petit pays d'Afrique centrale de 4,4 millions d'habitants où le groupe pétrolier français Total est solidement implanté.

M. Sassou Nguesso a dirigé le Congo à l'époque du parti unique, de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il a perdues. Revenu au pouvoir par les armes en 1997, il a été élu président en 2002 et réélu en 2009.

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