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Erythrée - Dawit Isaak, journaliste primé et prisonnier opprimé

Le 50e prix de la Plume d’or et de la liberté a été décerné au journaliste suédo-érythréen Dawit Isaak. Ce prix, remis chaque année par l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IRFA), récompense l’action d’un individu, d’un groupe ou d’une institution contribuant par ses écrits et ses actions à la défense de la liberté de la presse.

Ses écrits, réunis dans le recueil «Espoir», avaient été distribués en septembre dernier à 5.000 exemplaires à la Foire du Livre de Göteborg, en Suède.

Fondateur en 1997 du premier journal érythréen indépendant, Setit, Dawit Isaak, 46 ans, est emprisonné depuis septembre 2001 en Erythrée sans chef d’inculpation ni procès. Son seul délit? Avoir publié une lettre ouverte rédigée par 15 ministres du cabinet dénonçant les abus de pouvoir du gouvernement érythréen. Dans un pays qui ne possède pas de médias privés (ni journaux, ni radios, ni stations de télévision), son action a été jugée très indélicate par le président Issayas Afeworki, au pouvoir depuis 1993, année d’indépendance de l’Erythrée.

Dawit Isaak avait pourtant cru pouvoir profiter du vent de liberté qui souffla sur le pays en 1993 lors du «printemps d’Asmara», —du nom de la capitale érythréenne—, pour tenter de démocratiser ce petit Etat de la Corne de l’Afrique. En vain.

Né en 1964, le lauréat 2011 de la Plume d’or de la liberté avait fui en 1987 la guerre d’indépendance qui ravageait son pays. Parti se réfugier en Suède où il obtient en 1992 le statut de citoyen suédois, il rentra en Erythrée en 1996 avec l’espoir de faire évoluer la liberté d’expression.

Il est aujourd’hui détenu depuis dix ans dans l’un des pires centres de détention au monde et ni les réclamations du gouvernement suédois ni les différentes campagnes d’opinion pour sa libération ne trouvent d’échos auprès d’Issayas Afeworki. Pire, selon le site Afrik.com, le président érythréen avait déclaré à son sujet en mai 2009.

«Nous ne lui accorderons jamais un procès et nous ne le relâcherons jamais. Nous savons parfaitement comment traiter les gens de son espèce.»

Le pays est connu pour être le plus grand geôlier de journalistes en Afrique (au moins 19 sont actuellement en prison).

Il est peu probable que l’opposant au gouvernement soit au courant du prix qu’il vient de recevoir. Les dernières nouvelles concernant Dawit Isaak datent du témoignage d’un ancien gardien de prison, aujourd’hui réfugié en Ethiopie, où en avril 2010 il décrivait le journaliste malade et faible, n’ayant ni le droit de communiquer ni de recevoir de visites. Selon le quotidien suédois The Local, il pourrait même être mort à l’heure actuelle. 

Lu sur Afrik.com, The Local, La Libre Belgique

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