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Et si le mandarin détrônait le wolof?

Entendrons-nous bientôt dans les rues de Kampala ou Nairobi «Ni hao! Ni hao ma?»? D'après le quotidien ougandais The Daily Monitor, l'apprentissage du mandarin, la langue officielle de la Chine, connaît un grand succès en Afrique.

25 instituts Confucius, des centres culturels chinois, ont essaimé dans 18 pays africains en l'espace de quelques années. Et selon Sa Dequan, le directeur de l’institut Confucius à l’université de Nairobi, la capitale du Kenya, l’établissement accueille aujourd'hui 300 étudiants, contre seulement 29 en 2006, selon Xinhua News.

Les opportunités de travail expliquent d’abord cet attrait pour la langue du dragon, bien fourchue à apprendre. A Maurice, Cheng Haojie, professeur au centre culturel chinois, est persuadée que le mandarin ouvre des perspectives professionnelles dans le pays:

«Maîtriser la langue chinoise à Maurice garantit presque un métier bien payé et une carrière prometteuse», constate-t-il.

Cette logique est la même pour Tong Xiaofeng, professeur à l’université de Khartoum, au Soudan, interrogé par BBC News:

«Le chinois est plus que bienvenu, car presque 100% des étudiants qui reçoivent leur diplôme ont des emplois dans des compagnies chinoises, surtout dans l’industrie pétrolière, dans les télécommunications et les agences de voyage», explique-t-il.

Certains envisagent même de s’envoler vers la Chine pour trouver leur bonheur. En 2008, 120.000 étudiants soudanais sont partis dans une université chinoise, contre 8.000 il y a une dizaine d’années. En 2010, les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de 35%. Le Soudan est le sixième fournisseur de pétrole brut de la Chine.

Un amour philanthropique de la culture chinoise n’est donc pas la motivation première des Africains. Mais l’histoire de l’empire du Milieu, vieille de 5.000 ans, facilite l’apprentissage de la langue pour de nombreux étudiants:

«La partie que je trouve facile et intéressante est la culture chinoise. […] Ils s’efforcent toujours de s'intéresser à ce qui n’appartient pas à leur culture», s’enthousiasme Bilha Juma, un étudiant kényan.

 Mais David Sseppuuya, du Daily Monitor, met en garde contre l’impérialisme culturel:

«Lors de mes voyages en Chine et au Japon, j’ai dû manger des travers de porc sans couteau ni fourchette. Mais je continue à manger les plats ougandais avec les mains!»

Certains arguent que cet apprentissage permet également de construire des «ponts» entre les populations. Mais les Chinois apprennent-ils le wolof ou le swahili? Pour le moment, le pont est à sens unique…

Lu sur The Daily Monitor, Xinhua News, BBC News