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Les Nigérians, "indisciplinés", donnent raison

"Indisciplinés". Ailleurs, le mot lâché la semaine dernière par le président nigérian Muhammadu Buhari pour qualifier ses compatriotes aurait sûrement créer la polémique. Pas au Nigeria. Là-bas au contraire, beaucoup pensent qu'il a raison. 

Lors des célébrations marquant les 55 ans d'indépendance du pays, l'ancien général a appelé à mettre un terme au "tohu-bohu" qui caractérise la vie quotidienne de la première économie africaine, et qui, aux yeux de certains, fait tout son charme.

"Nous devons changer nos habitudes anarchiques, notre attitude envers les fonctions publiques et la confiance publique", a-t-il exigé jeudi. 

"Nous devons mettre un terme à nos comportements indisciplinés dans les écoles, les hôpitaux, les marchés, les stations de bus, sur les routes, dans nos foyers et dans nos bureaux", a-t-il insisté. 

Selon lui, pour que les choses bougent, il faut aussi que les Nigérians "changent et deviennent des citoyens honnêtes". Autrement dit, qu'ils abandonnent la philosophie, trop répandue, du "tout est permis". 

Beaucoup d'habitants de Lagos lui donnent raison. La capitale économique du pays où vivent entassés 20 millions d'habitants, rejoints chaque jour par davantage d'hommes et de femmes venant des quatre coins du pays, est pourtant tout sauf "ordonnée". 

Le marché de Balogun au centre de la ville est la définition même du mot chaotique: abrités sous des ombrelles colorées, des marchands le long de la chaussée, criards, alpaguent les passants, tandis que des coups de klaxons incessants ou de la musique à vous percer les tympans se mêlent allègrement aux odeurs d'épices et de sueur. 

Une commerçante, Bola Fabian, est d'accord avec le chef de l'Etat : "Compte tenu de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, si nous voulons que les choses s'améliorent, nous avons besoin d'une révolution éthique". 

"Tous ceux qui ne sont pas à la hauteur des attentes devraient être punis", avance-t-elle. "On ne peut pas continuer comme avant, ça ne nous a pas aidés et ça ne nous aidera pas. 

- Guerre à l'indiscipline -

Au cours des 20 mois durant lesquels il a dirigé le pays dans les années 80, à la suite d'un coup d'Etat, Muhammadu Buhari, désormais âgé de 72 ans, était réputé pour son approche autocratique, faisant régner une discipline de fer. 

Les Nigérians les plus âgés se souviennent du temps de "la Guerre à l'Indiscipline" lancée par Buhari, lorsque les fonctionnaires en retard devaient faire des exercices physiques et les marchands qui vendaient des biens au-dessus des prix du marché étaient punis.

Si d'aucuns vantent l'efficacité de la "guerre" menée alors par l'ex-général, ses excès - certains opposants politiques se retrouvaient ainsi emprisonnés - ont soulevé les critiques des groupes de défense des droits de l'Homme.

Au cours de sa campagne électorale, le président nigérian, élu en mars, a promis de remettre le Nigeria sur pied, en commençant par demander à son service de sécurité de s'arrêter aux feux rouges puis en faisant le ménage dans l'industrie pétrolière, gangrénée par la corruption. 

Ses déclarations de la semaine dernière étaient un appel à plus de responsabilité collective dans une société où l'enrichissement personnel est devenu la priorité. 

Au marché de Balogun, si une majorité soutient le président Buhari - et qu'un vendeur de chaussures, Nojeem Oyeniyi, 45 ans, va jusqu'à demander un retour de "la Guerre contre l'Indiscipline" - pour d'autres, tout n'est pas qu'une question d'attitude à changer. 

"Je ne pense pas que nous soyons un peuple indiscipliné", se défend Kenneth Ibanu, qui vend des tissus.

Pour lui, le problème se trouve dans "la pauvreté et le manque d'éducation", dans ce pays où la majorité des 170 millions d'habitants vit toujours avec moins de 2 dollars par jour et où 10,5 millions d'enfants ne sont pas scolarisés. 

Le président "devrait d'abord améliorer nos conditions de vie, préconise le marchand de tissus, et tout rentrera dans l'ordre".

AFP

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