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Tanzanie: les tensions augmentent

En Tanzanie, les tensions se font jour à moins de trois semaines des élections générales du 25 octobre, qui pourraient mettre fin au règne du parti au pouvoir depuis l'indépendance de ce pays d'Afrique de l'Est.

Candidat du parti Chama Cha Mapinduzi (CCM) au pouvoir, John Magufuli espère succéder à l'actuel chef de l'Etat Jakaya Kikwete, qui achève son second mandat et ne se représente pas, conformément à la Constitution.

Mais M. Magufuli, 55 ans, est confronté à un rude défi, car les principaux partis de l'opposition, regroupés dans la coalition Ukawa, se sont ralliés autour de la candidature d'Edward Lowassa.

M. Lowassa, 62 ans, Premier ministre de 2005 à 2008, avant de devoir démissionner pour son implication dans un scandale de corruption, est un transfuge du CCM. Il en a claqué la porte en juillet, après avoir été battu à la primaire du parti par M. Magufuli.

"Les deux candidats semblent défendre des politiques similaires, comme combattre la corruption, lutter contre la pauvreté, résoudre le problème du chômage et les conflits fonciers", analyse pour l'AFP Benson Bana, enseignant à l'université de Dar es Salaam.

Les observateurs estiment que les scrutins présidentiel, législatifs et locaux, s'annoncent comme les plus serrés de l'histoire du pays, né en 1964 de la fusion entre le Tanganyika continental et l'archipel de Zanzibar et pourraient générer des tensions.

"Même si le CCM a clairement de gros avantages en termes électoraux, il y a de plus en plus d'indications laissant penser que sa mainmise sur le pouvoir continue à s'atténuer", a estimé l'ancien haut diplomate américain Johnnie Carson sur le site African Arguments.

"Une élection serrée ou le sentiment que le résultat a été truqué pourraient augmenter le risque de violences post-électorales dans ce qui a été l'une des principales démocraties et l'un des pays les plus paisibles d'Afrique", a-t-il ajouté.

 

- 'Les tensions couvent' -

 

L'élection présidentielle verra s'affronter six candidats. Mais ce sont bien MM. Magufuli et Lowassa qui attirent les plus larges foules.

Les deux hommes ont plusieurs fois appelé à préserver l'unité nationale et dénoncé le tribalisme et la violence religieuse.

Mais pour les analystes, ces menaces sont réelles. Avec plus de 50 millions d'habitants, la Tanzanie affiche une croissance annuelle de plus de 7%, selon la Banque mondiale, qui déplore cependant que le pays reste "très pauvre au regard des normes régionales et internationales".

L'agriculture demeure le principal secteur de l'économie, représentant 75% des emplois et 25% du produit intérieur brut.

"L'apparente normalité de la Tanzanie risque de masquer les tensions qui couvent", a prévenu dans un récent article la fondation Open Society, "avec deux-tiers de ses 50 millions d'habitants vivant en-dessous du seuil de pauvreté, peu de gens tirent profit de la remarquable croissance économique du pays".

La campagne électorale, commencée le 22 août et qui prendra fin le 24 octobre, veille des élections, a été relativement calme, selon la porte-parole de la police Advera Senso, qui a seulement fait état de "quelques incidents isolés".

 

- 'Les partis politiques ont des milices' -

 

Mais le risque de violences n'est pas à exclure. "Les trois principaux partis politiques ont des milices, qui ont gagné en puissance ces derniers mois, en particulier à Zanzibar", a observé l'Open Society.

"Si les pratiques d'intimidation continuent pendant la campagne, sans possibilité de recours judiciaire en cas de mauvais comportements, les Tanzaniens pourraient chercher d'autres moyens, moins pacifiques, pour exprimer leurs doléances et régler leurs disputes", a-t-elle estimé.

Le CCM, parti unique jusqu'en 1992 -- et auparavant la Tanu (Union nationale africaine du Tanganyika) dont il est issu --, a remporté toutes les élections générales depuis l'avènement du multipartisme et dispose actuellement des deux-tiers des sièges au Parlement monocaméral.

Mais les observateurs l'estiment affaibli par des dissensions internes et par une série de scandales de corruption. Plusieurs de ses hauts cadres, tels l'ancien Premier ministre Frederick Sumaye et l'ex-ministre de l'Intérieur Lawrence Masha ont fait défection et rejoint Ukawa.

Dans la ville d'Iringa (centre), la police a récemment arrêté 63 militants présumés du principal parti d'opposition Chadema, dont un ancien député, toutes accusées d'avoir tenu des rassemblements illégaux.

Le président de Chadema, Freeman Mbowe, s'était auparavant plaint des "commentaires déloyaux" du CCM tout au long de la campagne. "A plusieurs reprises, des dirigeants du CCM ont insulté notre candidat à la présidentielle et prononcé des déclarations embarrassantes destinées à le ridiculiser ou le diffamer", avait-il accusé.

AFP

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