mis à jour le

Le président congolais Denis Sassou Nguesso en Libye à Benghazi, le 11 avril 2011. Crédit photo: REUTERS/Esam al-Fetori
Le président congolais Denis Sassou Nguesso en Libye à Benghazi, le 11 avril 2011. Crédit photo: REUTERS/Esam al-Fetori

Au Congo, le président Sassou est accusé de fomenter un «coup d'Etat constitutionnel»

Au Congo, un référendum sur la nouvelle Constitution se tiendra le 25 octobre.

Ce que redoutait depuis des mois l'opposition politique congolaise a été officialisé. Le gouvernement de Brazzaville a appelé lundi 5 octobre en soirée les Congolais à se rendre aux urnes le 25 octobre pour un référendum sur un projet de nouvelle Constitution qui permettrait au président Denis Sassou Nguesso de se représenter en 2016.

Âgé de 72 ans cette année, Sassou Nguesso avait annoncé le 22 septembre son intention de soumettre à référendum une nouvelle loi fondamentale. En moins de deux semaines, la commission chargée d'adopter le projet de Constitution susceptible de faire entrer le pays dans une «Nouvelle République», a rendu sa copie.

À lire aussi: À Brazzaville, le rap pour lutter contre la dictature

«Au terme d'un débat enrichissant (...) le Conseil des ministres, chacun ayant pleinement conscience du caractère historique de l'événement, a décidé d'adopter avec amendements le projet de loi portant Loi constitutionnelle», indique un compte-rendu officiel de la session transmis à l'AFP. 

«Le référendum sur le projet de loi constitutionnelle est convoqué pour le dimanche 25 Octobre 2015», ajoute le texte, précisant que la campagne en vue de cette consultation populaire s'étendra du 9 au 23 octobre. La nouvelle Constitution ramènerait la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans mais stipule que le mandat du chef de l'État «est renouvelable deux fois».

Une vue de Brazzaville depuis Kinshasa. Photo: REUTERS/David Lewis

«Une grave crise»

Conformément aux recommandations du «dialogue national» de juillet - dénoncé comme une farce par l'opposition - le projet de nouvelle constitution abaisse à 30 ans (contre 40) l'âge minimum pour être candidat à la magistrature suprême en faisant disparaître l'âge maximal de 70 ans inscrit dans la Constitution de 2002. Sassou Nguesso cumule plus de 30 ans à la tête du pays. Il a dirigé le Congo à l'époque du parti unique,de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il a perdues.

Revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'une violente guerre civile, il a été élu président en 2002 et réélu en 2009. La Constitution actuelle lui interdit à double titre de se présenter à la prochaine présidentielle devant avoir lieu mi-2016 en ce qu'elle limite à deux le nombre de mandats que peut exercer un chef de l'État et interdit à toute personne âgée de plus de 70 ans de concourir à la présidentielle.

À lire aussi: À Brazzaville, le plus grand rassemblement de l'opposition depuis la guerre civile de 1997

Selon le gouvernement, le projet de Constitution devant être soumis aux Congolais instituerait un «exécutif bicéphale» en faisant du Premier ministre «le chef du gouvernement, à la place du chef de l'État», ce qui serait un «changement majeur». L'annonce d'un référendum le 22 septembre avait soulevé une levée de boucliers de la part de l'opposition.

Andréa Ngombet, le coordinateur de «Sassoufit», l'un des principaux mouvements citoyens d'opposition au président Sassou Nguesso, a envoyé ce message à Slate Afrique mardi 6 octobre:

«Le collectif Sassoufit appelle à la destitution immédiate du Dictateur par une révolte populaire massive. En dépit de l’affrontement asymétrique qui va commencer, nous savons notre cause juste et appelons tous les amis de la démocratie et de la liberté à nous aider dans cette lutte pour qu’une nouvelle saison se lève au Congo».

«Sassou dégage!»

Cette «démarche (...) plonge le pays dans un chaos et dans une grave crise», a de son côté déclaré à l'AFP Clément Miérassa, dirigeant d'un parti d'opposition membre du Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique (Frocad).  La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) avait dénoncé pour sa part un «coup d'État constitutionnel» destiné uniquement à permettre au président Sassou de se maintenir en place, et appelé «la communauté internationale à ne pas laisser le Congo s'enfoncer dans une crise politique annoncée».

Sans réagir directement à l'annonce du référendum, l'ancienne puissance coloniale du Congo, la France a appelé de ses voeux mercredi «un processus électoral crédible conduisant à des scrutins libres et transparents, dans le respect de l'État de droit et des libertés publiques» dans ce pays. 

Aux cris de «Sassoufit!», «Non au troisième mandat!», «Sassou dégage!», «Non au référendum», l'opposition congolaise a tenu le 27 septembre à Brazzaville son plus grand rassemblement depuis 1997 avec plusieurs dizaines de milliers de personnes. Avant même l'annonce de la date du référendum, les partisans de la nouvelle Constitution ont appelé à manifester le 10 octobre au même endroit.

Slate Afrique avec AFP

Slate Afrique avec AFP

Ses derniers articles: En Tunisie, la grenade est la star de l'automne  L'escrimeuse Inès Boubakri dédie sa médaille d'or à « la femmes tunisienne»  En Afrique du Sud, des élections municipales cruciales pour l'ANC 

Brazzaville

AFP

Congo: les quartiers sud de Brazzaville quadrillés par l'armée après les violences

Congo: les quartiers sud de Brazzaville quadrillés par l'armée après les violences

AFP

Présidentielle au Congo: des journalistes de l'AFP et du Monde agressés

Présidentielle au Congo: des journalistes de l'AFP et du Monde agressés

AFP

A Kinshasa, la colère et l'abandon des derniers "refoulés" de Brazzaville

A Kinshasa, la colère et l'abandon des derniers "refoulés" de Brazzaville

Denis Sassou Nguesso

Denis Sassou Nguesso

Après le référendum, l'opposition congolaise appelle à une marche patriotique

Après le référendum, l'opposition congolaise appelle à une marche patriotique

Denis Sassou Nguesso

Au Congo, la «pire journée» depuis la guerre civile de 1997

Au Congo, la «pire journée» depuis la guerre civile de 1997

Déni

Biens mal acquis: Sassou Nguesso invoque le principe de non ingérence

Biens mal acquis: Sassou Nguesso invoque le principe de non ingérence