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« Slowly... back... away». Crédit photo: Justin Jensen via Flickr, License by CC.
« Slowly... back... away». Crédit photo: Justin Jensen via Flickr, License by CC.

Les dirigeants africains ne sont pas vraiment engagés sur le chemin de la bonne gouvernance

C'est en tout cas ce qu'affirme le rapport de la fondation Mo Ibrahim, qui a mis à jour son célèbre indice.

Le continent africain est-il sur la voie d'une meilleure gouvernance, qui exclut la corruption, les atteintes aux droits de l'homme ou encore la réduction des inégalités de revenus? Selon la fondation Mo Ibrahim, du nom du milliardaire soudanais qui a créé à partir de 93 critères politiques, économiques, juridiques et sociaux un indice de référence pour mesurer les pratiques de gouvernance des dirigeants africains, «les progrès sont en panne».

L'Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), publié le 5 octobre, «révèle un paysage en transition», selon ses auteurs. Pendant la période 2011-2014, le score global moyen de gouvernance en Afrique a très faiblement augmenté de 0,2 point pour atteindre 50,1 (sur 100). Si l'on observe à la loupe les performances des 54 pays africains, 21 d'entre-eux ont vu leur note baisser. Et parmi les dix pays en tête du classement, seulement la moitié ont réussi à améliorer leur score global.

«La structure globale de l'IIAG est: un score général de gouvernance, quatre catégories et 14 sous-catégories», explique dans un tweet dans la fondation Mo Ibrahim.

«Un signal d'alarme»

Comment interpréter ces chiffres? 

Selon le rapport de la fondation Mo Ibrahim, de nombreux pays enregistrent une détérioration de leurs score dans deux des quatre grandes catégories de l'index: «Développement économique durable» et «Sécurité et Etat de droit» (respectivement -0,7 et -0,3 points en moyenne). Et dans les deux autres catégories, «Développement humain» et «Participation et Droits de l'Homme», les progrès d'ensemble sont trop marginaux pour tirer l'indice de la bonne gouvernance réellement vers le haut. 

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«Bien que, dans l'ensemble, nos concitoyens africains sont certainement en meilleure santé et vivent dans des sociétés plus démocratiques qu'il y a 15 ans, l'IIAG 2015 montre que l’évolution récente sur le continent dans d'autres domaines clés est, soit au point mort, soit en déclin, et que certains pays majeurs semblent marquer le pas. C’est un signal d’alarme pour chacun d’entre nous. Seules des améliorations partagées et durables dans chacun des domaines de gouvernance assureront aux Africains l'avenir qu'ils méritent et exigent», analyse Mo Ibrahim, en personne.

On retrouve toujours les mêmes pays en tête de ce classement: Maurice (79,9 points), le Cap-Vert (74,5) et le Botswana (74,2) composent le trio de tête, alors que la République centrafricaine (24,9), le Soudan du Sud (19,9) et la Somalie (8,5) occupent les dernières positions. Seuls six pays sont parvenus à augmenter leur note dans les quatre catégories.

Un dirigeant africain récompensé?

La fondation Mo Ibrahim est surtout célèbre pour le prix de bonne gouvernance qu'elle décerne chaque année à un dirigeant africain. Créé en 2007, ce prix salué par de nombreux acteurs internationaux (ONG, ONU...) a déjà récompensé en 2008 le président du Botswana, Festus Gontebanye Mogaeleader d'un pays salué pour sa bonne gouvernance et ses progrès économiques enregistrés depuis le début des années 2000, ou en 2011 le président du Cap-Vert Pedro De Verona Rodrigues Pires qui «a transformé le Cap-Vert en un modèle démocratique, de stabilité et de prospérité», selon la fondation Mo Ibrahim.

Mais dans le palmarès du prix de bonne gouvernance, les années blanches sont nombreuses. Mo Ibrahim ne décerne en effet son prix que quand un dirigeant africain le mérite réellement, selon lui. En 2012 et 2013, personne n'a été récompensé. Un symbole des mauvaises pratiques de nombreux dirigeants africains installés au pouvoir. En 2014, le président de la Namibie, Hifikipunye Lucas Pohamba, avait reçu le prix. Aura t-il un successeur en 2015? Réponse à la fin de l'année.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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