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Au festival Photoreporter, l'innocence volée des victimes de Boko Haram

Une magnifique tenue rose fuchsia met en valeur l'éclat de sa peau noire, mais Hauwa, 15 ans, victime survivante de Boko Haram, détourne la tête devant l'objectif de la photographe néo-zélandaise Ruth Mcdowall: c'est l'un des portraits, poignants, exposé au festival Photoreporter, qui vient d'ouvrir pour un mois à Saint-Brieuc.

Hauwa vivait à Maidiguri, dans le nord-est du Nigeria, lorsqu'elle et son amie ont été enlevées par les islamistes de Boko Haram. Par chance, elle sont parvenues à échapper à leurs geôliers au bout d'une semaine mais son amie a désormais un enfant "dont le père est un membre de Boko Haram", raconte Ruth McDowall qui a vécu pendant six ans au Nigeria.

"J'ai commencé ce travail en 2013. C'était avant l'enlèvement des 276 lycéennes de Chibok (qui ont révélé au monde ces pratiques, en avril 2014). A cette époque, personne ne savait exactement ce qui se passait, beaucoup de rumeurs circulaient", explique la jeune femme de 31 ans.

Ruth McDowall entre ainsi en contact avec des jeunes filles recueillies par des ONG ou des orphelinats après leur fuite des camps de Boko Haram. 

Au début, il n'était pas question de les photographier. "Je leur rendais visite de temps en temps, je partageais des moments avec elles mais je me contentais de photographier des paysages", dit-elle.

De plus, ces adolescentes, pour lesquelles le retour dans leurs familles est impossible, ne veulent pas "montrer leur visage pour des raisons de sécurité". 

Peu à peu, la confiance s'est pourtant établie et l'idée de la pose photographique a fait son chemin. "Nous avons parlé ensemble de la façon dont elles souhaitaient apparaître, des vêtements qu'elles voulaient porter (...) Elles ont réfléchi à la façon de contrôler leur image et c'était très important pour elles de ne pas être seulement un sujet".    

Résultat: une douzaine de portraits, dont celui d'un jeune homme. Car, si l'on en parle moins, "beaucoup de jeunes gens sont également enlevés par Boko Haram qui en fait des combattants et des tueurs contraints" quand les adolescentes sont censées devenir, sous peine de mort, des "épouses" d'islamistes.

Selon Ruth Mcdowall, ces jeunes filles "veulent oublier, elles ne veulent pas évoquer leur captivité", sauf parfois par des dessins dont certains sont présentés au sein de l'exposition. 

"Elles doivent reconstruire leur vie. Mais elles sont traumatisées et elles ne bénéficient pas du soutien qui leur serait nécessaire", regrette la photographe. "Je me souviens d'une de ces adolescentes enlevée il y a trois ans. Elle est toujours en larmes trois ans après. Beaucoup sont brisées, on leur a volé leur innocence".

- Profession indispendable à l'information -

Comme chacun des dix photojournalistes dont le travail est présenté au festival, Ruth McDowall a bénéficié d'une bourse offerte par Photoreporter, un soutien à une profession en difficulté pourtant indispensable à l'information. 

"En début d'année, un appel à projets est lancé sans thème prédéfini. Le festival en a reçu cette année près de 250 venant du monde entier parmi lesquels le jury fait ensuite son choix", explique Alexandre Solacolu, directeur de ce festival gratuit. Une dizaine de projets sont retenus: le jury privilégie des thèmes inédits ou peu traités dans les médias, permettant de construire une histoire.

Chaque projet retenu bénéficie d'un financement de 5.000 et 10.000 euros grâce à un fonds de dotation (105.000 euros cette année) alimenté par une quarantaine d'entreprises -souvent des PME- de la région, les collectivités assurant l'infrastructure de ce festival créé en 2012.

Les photographes ont ensuite quelques mois pour réaliser leur reportage, jusqu'à leur exposition à Saint-Brieuc à l'automne.

Les dix reportages sélectionnés cette année arpentent les routes du monde: la Moldavie, "terre silencieuse", l'Italie et les femmes disparues, l'Afghanistan et la vie en temps de guerre ou encore l'Afrique du sud post-apartheid chez les jeunes Xhosa. 

"Jusqu'à présent, j'avais du mal à faire connaître mon travail et je travaillais avec peu de moyens (...) Ce festival est une grande chance pour moi", confie, sourire aux lèvres, Ruth Mcdowall. 

Le Festival Photoreporter, qui a débuté samedi, reste ouvert un mois, jusqu'au 1er novembre.

AFP

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