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Sud-Soudan: la peur et la faim restent le quotidien de la population

Sur le papier, la guerre civile et son cortège d'insoutenables atrocités qui ravagent le Soudan du Sud depuis 21 mois sont terminées, depuis la signature d'un accord de paix fin août. Mais sur le terrain, combats, viols, raids meurtriers continuent, aggravant une situation alimentaire déjà critique.

Avec une centaine d'autres personnes, Nyalak Gai, 24 ans, fait la queue dans son village de Koch pour recevoir une aide alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU. Les rations vont permettre de nourrir, un temps, ses sept enfants. Mais rapidement il faudra revenir aux expédients pour leur remplir l'estomac.

Quand la nourriture manque, "on cherche des nénuphars et des plantes sauvages", explique cette jeune veuve, dont le mari a été tué durant l'attaque de leur village.

Les civils paient le plus lourd tribut d'un conflit ayant fait des dizaines de milliers de morts et marqué par des massacres et des atrocités à caractère ethnique - viols, tortures, enrôlement d'enfants, déplacements forcés de population... - perpétrés par les deux camps.

Des distributions massives d'aide alimentaire, parfois depuis les airs, ont permis jusqu'ici d'éviter que le pays sombre dans la famine qui menace depuis le début du conflit.

Si dans certaines régions la situation s'améliore grâce aux récoltes désormais sur pied, notent les agences humanitaires, d'autres sont au bord de la catastrophe, avec des habitants terrés au fin fond de zones de marais, n'ayant que la flore locale, essentiellement des nénuphars, pour s'alimenter.

Le pays n'ayant que peu de routes, souvent inondées et impraticables durant la saison des pluies, l'aide alimentaire doit souvent être acheminée par barges, le long du Nil, ou parachutée, pour parvenir aux populations dans le besoin.

L'Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) a recensé des "cas isolés de faim extrême" chez certains déplacés des États pétroliers d'Unité et du Haut-Nil, principaux théâtres du conflit, qualifiant la situation "d'une des pires au monde en matière humanitaire et de sécurité alimentaire". Et certains acteurs humanitaires craignent désormais l'apparition de poches de famine.

 

- pluie et malnutrition -

 

Les employés de l'ONU sont enfin parvenus récemment à accéder à Koch, contrôlé par l'armée sud-soudanaise, fidèle au président Salva Kiir, mais entouré de villages tenus par les rebelles de l'ancien vice-président Riek Machar, et isolé par quatre mois de combat.

"Nous constatons de forts taux de malnutrition, une insécurité alimentaire élevée, des problèmes de santé et de purification d'eau", a expliqué le chef du PAM dans le pays, Joyce Luma, lors d'une visite à Koch.

Les habitants vivent sous des abris de fortune, à peine protégés de la pluie par de petites bâches de plastiques. "Les maisons ont toutes été incendiées", explique Rhusia Nyalou, 37 ans et mère de huit enfants, "les combats continuent, nos vaches ont été emportées, la vie n'est pas bonne ici".

Trois de ses enfants sont réfugiés avec des proches au Soudan voisin, un quatrième s'est placé sous la protection des Casques-Bleus, avec plus de 117.000 autres personnes, dans la base de l'ONU de Bentiu, la capitale de l'Etat.

Avec les quatre enfants restés avec elle, Rhusia lutte pour survivre, se nourrissant alternativement de végétaux qu'ils ramassent et de l'aide du PAM.

"On mange n'importe quelle plante faisant office de nourriture, mais les enfants souffrent durement", dit-elle expliquant que les jours fastes où ils ont assez à manger restent assombris par la craintes d'attaques de miliciens.

Plus jeune nation du monde née en juillet 2011 sur les décombres de décennies de guerre de sécession contre Khartoum, le Soudan du Sud est aussi l'une des moins développées. En décembre 2013, à peine plus de deux ans après avoir proclamé son indépendance, il a replongé dans une guerre civile, aux racines politico-ethniques, qui a chassé plus de 2,2 millions de personnes de chez elles.

Gouvernement et rebelles qui s'affrontent, épaulés par diverses milices ethniques, ont signé fin août un accord de paix censé mettre fin au conflit, mais continuent de s'accuser mutuellement de ne pas cesser les combats. Depuis février 2014, MM. Kiir et Machar ont signé une longue série de cessez-le-feux, systématiquement violés dans les jours voire les heures qui suivaient.

"Les gens ont gravement souffert durant le conflit et il est temps que ça s'arrête", a expliqué l'ambassadrice américaine au Soudan du Sud, Mary Catherine Phee, "chaque camp accuse l'autre de l'attaquer (...) il y a encore du travail avant de ramener la paix".

AFP

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