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Centrafrique: la présidente de retour

La présidente de transition de Centrafrique, Catherine Samba Panza, est rentrée mercredi à Bangui,  où des barricades érigées depuis ce week-end par des manifestants ont été levées mercredi sur plusieurs axes routiers, signes tangibles d'une décrue des violences et des tensions dans la capitale centrafricaine.

Alors que les violences ont fait au moins 36 morts et près de 30.000 déplacés depuis samedi, après le meurtre d'un conducteur musulman de moto-taxi, la présidente de transition a écourté son séjour à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, a indiqué la présidence, ajoutant qu'elle s'exprimerait prochainement.

Les manifestants exigent notamment sa démission, alors que les élections présidentielle et législatives devant clore la transition, prévues dès octobre, vont devoir être une nouvelle fois reportées.

L'experte indépendante de l'ONU sur la Centrafrique, Marie-Thérèse Keita Bocoum, a indiqué mercredi, devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève, craindre une "guerre civile" en Centrafrique, estimant que "le désarmement des groupes armés doit être une priorité absolue".

Aux abords de l'aéroport, les Casques bleus et les soldats français de l'opération Sangaris avaient commencé dès mardi après-midi à dégager les barrages qui bloquaient toute circulation, s'accrochant à plusieurs reprises avec des miliciens anti-balaka, selon des habitants.

Mercredi, les forces internationales patrouillaient dans la ville avec des forces centrafricaines, demandant aux manifestants de dégager eux-mêmes les voies, a constaté un correspondant de l'AFP.

Pendant la nuit, nettement moins de pillages que les jours précédents ont été signalés. Selon une source diplomatique contactée par l'AFP, "les violences sont en décrue" en ville, dans laquelle très peu de taxis, le moyen principal de transport des habitants, osent cependant s'aventurer.

Mercredi matin, quatre stations-service ont rouvert, pour la première fois depuis samedi, et des échoppes de quartier reprenaient progressivement leur activité.

Mais la tension restait toujours aussi forte aux abords du quartier PK-5, le quartier commerçant de la ville qui représente le dernier bastion des musulmans restés dans Bangui, et dans le 8e arrondissement.

Mardi, des habitants avaient signalé l'arrivée dans Bangui de groupes d'anti-balaka venus de provinces, ces miliciens chrétiens et animistes qui, depuis les tueries de masse de 2013/2014, se sont opposés à la rébellion Séléka composée de musulmans, avant de faire la chasse aux musulmans habitant dans la capitale à la chute de la Séléka.

 

- Impossibles élections avant fin 2015 -

 

"Ils sont positionnés par groupes, armés de machettes, dans les rues des 8e et 5e arrondissements", non loin du PK-5 avait expliqué à l'AFP un de ces habitants.

C'est le meurtre d'un jeune conducteur musulman de moto-taxi du PK-5 qui a mis le feu aux poudres samedi, suivi de violentes représailles à coup de grenades et de fusils de la part des musulmans contre les chrétiens des quartiers avoisinants.

Le renversement du président Bozizé par la Séléka a plongé l'ex-colonie française, un des pays les plus pauvres au monde, dans sa plus grave crise depuis son indépendance en 1960, déclenchant des tueries de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes en 2013 et 2014.

Des élections présidentielle et législatives doivent être organisées avant la fin 2015. Un référendum sur l'adoption d'une nouvelle Constitution - préalable à toute élection - était fixé au 4 octobre. Or les opérations de recensement électoral ne sont toujours pas achevées, alors que le 1er tour de la présidentielle avait été fixé au 18 octobre.

"Nous allons tenir nos engagements pour organiser ces élections dans les meilleures conditions possibles en 2015", a cependant déclaré la présidente dans un entretien avec la radio française RFI.

Nombreux sont ceux qui doutent de la capacité des autorités de transition à tenir un tel engagement. 

"Dans la mesure où les forces internationales ne sont pas capables de reprendre le contrôle de la capitale, on imagine difficilement comment on pourrait organiser des élections d'ici la fin 2015", a déclaré à l'AFP l'analyste Thierry Vircoulon du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

 

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