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Burundi: des cadavres jonchant les rues découverts chaque matin

Chaque matin ou presque, depuis la réélection du président burundais Pierre Nkurunziza le 21 juillet, des corps violentés sont découverts au petit jour, dans les quartiers de Bujumbura fers de lance de la contestation contre le troisième mandat controversé du chef de l'Etat.

Le bilan de la semaine passée est un des plus lourds: une quinzaine de corps retrouvés. Les auteurs de ces crimes restent inconnus, mais les anti-3e mandat accusent les autorités de se débarrasser de certains agitateurs, tout en faisant peur aux autres.

"On découvre des cadavres presque tous les jours dans la rue à Bujumbura, portant parfois des traces de violences extrêmes", s'alarme Carina Tertsakian de Human Rights Watch (HRW). Les corps sont souvent retrouvés dans la même posture - les bras resserrés dans le dos, liés au-dessus des coudes.

L'organisation américaine des droits de l'Homme ne "sait pas qui est responsable de ces actes", mais rappelle que "les autorités burundaises ont le devoir de mener des investigations et de punir les responsables", soulignant que peu a été fait pour retrouver les coupables.

"De temps en temps, le porte-parole de la police dit qu'ils ont ouvert une enquête sans jamais communiquer les résultats par la suite", note Carina Tertsakian.

Selon des sources policières et des témoins, les victimes sont soit abattues sur place, la nuit, alors que les habitants sont terrés chez eux, ou leur cadavre jeté "dans des caniveaux ou au bord de la route" depuis des véhicules.

"Nous mettons tout de suite les photos des victimes sur les réseaux sociaux pour alerter l'opinion, identifier les victimes, prévenir les gens pour qu'elles évitent tel secteur", explique à l'AFP sous couvert d'anonymat un des dirigeants de la contestation anti-3e mandat.

Tous les jours, des cadavres retrouvés loin de chez eux sont ainsi identifiés. "Il s'agit souvent de militants d'opposition ou de gens qui ont participé aux manifestations contre le 3e mandat", selon ces mêmes sources.

- Sinistre 'Documentation' -

Les habitants des quartiers concernés, majoritairement acquis à l'opposition, accusent le pouvoir burundais de ces crimes, notamment le Service national de renseignement (SNR), la "Documentation", de sinistre réputation en raison de ses méthodes brutales.

"Ces cadavres sont jetés dans ces quartiers exprès, la Documentation cherche à inspirer la terreur à tous ceux qui combattent le pouvoir", affirme un militant des droits de l'Homme ayant requis l'anonymat.

Des accusations que nie le pouvoir burundais, qui évoque au contraire un "plan machiavélique" ourdi par l'opposition, pour "éliminer" ceux de ses membres ayant rallié le pouvoir, martèle Willy Nyamitwe, chargé de la communication présidentielle. Ces exécutions visent "à punir ceux qu'ils (les opposants) qualifient de traîtres, à faire peur afin que d'autres ne les suivent pas", mais aussi à salir le gouvernement, assure-t-il.

Président du Cnared, large coalition anti-3e mandat, regroupant opposition et société civile, de l'intérieur et en exil, Léonard Nyangoma, répond en raillant "le cynisme sans nom du pouvoir burundais qui vous arrête, vous torture, vous tue, puis qui dit que vous vous êtes suicidé".

"La plupart de ces cadavres ont été identifiés comme ceux de militants d'opposition ou de la société civile à la pointe de la contestation contre le 3e mandat", souligne-t-il, mettant en cause des policiers, des "miliciens Imbonerakure" (membres de la Ligue des jeunes du parti présidentiel) et surtout des agents de la Documentation.

Le Burundi a plongé dans la violence depuis l'annonce fin avril de la candidature du président Nkurunziza à un 3e mandat qui, selon l'opposition, la société civile et jusqu'à une partie de son propre camp, viole la Constitution et l'Accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006).

Les autorités ont maté en mai une tentative de coup d'Etat militaire et étouffé un mois plus tard six semaines de manifestations quasi-quotidiennes à Bujumbura. Mais depuis la réélection de M. Nkurunziza, les violences se sont intensifiées, avec des assassinats ciblés de figures des deux camps, des attaques contre la police et ces exécutions sommaires.

Difficile de savoir ce qui se passe exactement aujourd'hui et qui est responsable de quoi au Burundi, où semble régner l'impunité: les journalistes indépendants comme les défenseurs des droits de l'Homme se cachent ou ont fui le pays.

"C'est une catastrophe car tout ce qui avait été bâti dans le domaine des droits de l'Homme depuis la fin de la guerre civile est en train d'être détruit" dénonce Carina Tertsakian.

AFP

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