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Le président congolais Sassou-Nguesso. Crédit photo: REUTERS/Pier Paolo Cito/Pool
Le président congolais Sassou-Nguesso. Crédit photo: REUTERS/Pier Paolo Cito/Pool

À Brazzaville, le plus grand rassemblement de l'opposition depuis la guerre civile de 1997

Les manifestants ont défilé contre le projet de réforme constitutionnelle du président Sassou-Nguesso.

Brazzaville a tremblé dimanche. "Je suis convaincu qu'il n'y a que la rue pour empêcher Sassou de violer la Constitution du pays", a confié à Slate Afrique, Martial Panucci, leader de Ras-le-bol, un petit mouvement d'opposition. 

L'opposition congolaise a tenu dimanche dans les rues de la capitale de la République du Congo son plus grand rassemblement depuis le retour au pouvoir du président Denis Sassou Nguesso en 1997 pour dire "non au coup d'État constitutionnel" qui permettrait au chef de l'État de se représenter en 2016.

Cinq jours après l'annonce d'un référendum à venir sur un projet de nouvelle Constitution, le boulevard des Armées a résonné pendant deux heures des slogans "Non au coup d'État constitutionnel!", "Non au troisième mandat!", "Non au référendum!", "Sassou dégage!", selon deux journalistes de l'AFP présents sur les lieux.

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Même message adressé au président sur les banderoles agitées par la foule qui remplissait de manière compacte sur plusieurs centaines de mètres cette artère du centre de la capitale congolaise: "Le Congo n'est pas la propriété des Sassou", "Pourquoi toujours toi?" ou encore un "Sassoufit" très en vogue sur les réseaux sociaux depuis quelques mois.

Un hélicoptère militaire dans le ciel

Répondant à l'appel du Front pour l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique (Frocad) et de l'Union pour la démocratie congolaise (UDC), les sympathisants de ces deux plate-formes rassemblant la quasi-totalité de l'opposition avaient commencé à converger vers le lieu de rassemblement dès la fin de la matinée.

Le meeting, qui s'est déroulé dans le calme, a commencé vers 14 heures. Pendant près de deux heures, les dirigeants des formations membres du Frocad et de l'UDC se sont relayés sur une tribune de fortune en haranguant la foule avant que celle-ci commence à se disperser sans encombre vers 16 heures.

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Nombre de commerces du quartier sont restés fermés.

"On a fermé nos points de vente par mesure de prudence: les Congolais sont capables de tout, surtout de pillage et du vol", a déclaré à l'AFP un jeune vendeur de crédit téléphonique en rouvrant son échoppe une fois le rassemblement terminé.

Pendant le meeting, un hélicoptère militaire a survolé les lieux à trois reprises sous les huées des manifestants criant : "Non à l'intimidation!". Le leader du mouvement Ras-le-bol, Martial Panucci, nous a expliqué qu'une "chasse à l'homme" avait également été menée dans certains quartiers de la capitale par l'armée après la manifestation.

«L'heure est à l'action»

Âgé de 72 ans, M. Sassou, qui cumule plus de 30 ans au pouvoir en République du Congo, a annoncé mardi vouloir soumettre à référendum une nouvelle Constitution qui lui permettrait de se présenter à la présidentielle devant avoir lieu mi-2016.

La Constitution actuelle lui interdit à double titre de se présenter car elle limite à deux le nombre de mandats que peut exercer un chef de l'État et à 70 ans l'âge maximal pour être candidat à la magistrature suprême. M. Sassou a dirigé le Congo à l'époque du parti unique, de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il a perdues. Revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'une violente guerre civile, il a été élu président en 2002 et réélu en 2009.

Trente ans au pouvoir

"Le jour où le président Sassou Nguesso annoncera le référendum (la date), nous appellerons le peuple. Nous serons devant nous-mêmes et devant l'Histoire. Après le Niger, l'Égypte, la Tunisie et le Burkina, le tour est venu au Congo", a dit aux manifestants André Okombi Salissa, un des dirigeants de l'UDC, en faisant référence aux aléas des mouvements démocratiques qui traversent le continent africain depuis quelques années.

"L'heure est à l'action", a-t-il ajouté alors que la question de la révision des lois fondamentales est au coeur du débat politique dans plusieurs pays d'Afrique centrale où des dirigeants font face à plus ou moins brève échéance à l'obligation de céder la place, comme en République démocratique du Congo voisine.

"L'heure de l'alternance est arrivée parce que nous avons déjà fait plus de 30 ans avec le même dirigeant. Nous voulons de l'alternance pour oublier une politique sociale marquée par (...) un taux élevé de chômage" et un faible niveau de développement, a déclaré pour sa part Mathias Dzon, un des meneurs du Frocad.

Slate Afrique avec AFP

Slate Afrique avec AFP

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